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À Waco, TCU étouffe Baylor, mais pas le McLane Stadium

18 oct.
8 min de lecture
Le quarterback de TCU Jaden Craig échappe à un plaqueur de Baylor au McLane Stadium de Waco.
Le quarterback de TCU Jaden Craig échappe à un plaquage lors de la victoire des Horned Frogs 17-6 à Baylor, le 17 octobre 2026, au McLane Stadium de Waco (Texas). (Photo : Adam Davis/Icon Sportswire)

Waco (Texas) — Donnés perdants par les bookmakers, les Horned Frogs de TCU ont dominé Baylor 17-6 samedi soir. Une séquence éclair au retour des vestiaires et une défense emmenée par un Koron Hayward intenable ont fait la différence, devant un public qui, lui, n’a jamais baissé le ton.


Deux trajectoires opposées

La rivalité la plus disputée du Texas, née en 1899 et rebaptisée Bluebonnet Battle en 2023, reprenait ses droits dans un contexte bien différent pour les deux camps. Baylor se présentait avec un bilan de 4-1, dont 2-0 en Big 12. TCU affichait 2-3, dont 0-2 en conférence. Les Horned Frogs gardaient pourtant un souvenir frais : un an plus tôt, à Fort Worth, ils s’étaient imposés 42-36.


Pour Baylor, l’occasion était belle de s’installer en haut de la Big 12. Après une défaite d’entrée 17-16 contre Auburn à Atlanta, les Bears avaient enchaîné quatre succès. Le dernier en date avait été une démonstration 55-19 à Arizona State, avec 244 yards au sol et deux courses jusqu’à l’en-but de 63 et 75 yards. Ce soir-là, DJ Lagway, ancien cinq-étoiles arrivé de Florida par le portail des transferts, avait lancé pour 306 yards et quatre touchdowns. Et la défense suivait : aucun adversaire n’avait dépassé 19 points face aux Bears.


Pour TCU, il s’agissait déjà d’un match de survie. Les Horned Frogs n’avaient plus été à 0-2 en conférence depuis 2013, et le siège de Sonny Dykes, finaliste national en 2022 et auteur d’un bilan de 18-8 sur 2024-2025, chauffait sérieusement. Leur paradoxe tenait en une phrase : une défense classée dans le top 10 du pays aux points encaissés avant cette rencontre (13,4 par match), mais une attaque limitée à trois touchdowns en trois défaites.

Un stade au bord de l’eau

Le McLane Stadium de Waco, à l’heure de l’échauffement, avant la rencontre entre Baylor et TCU, le 17 octobre 2026
Le McLane Stadium de Waco, à l’heure de l’échauffement, avant la rencontre entre Baylor et TCU, le 17 octobre 2026.

Il y a des stades qu’on rejoint par l’autoroute, et d’autres qu’on rejoint par la rivière. Le McLane Stadium se dresse sur la rive du Brazos, face au campus, auquel le relie une passerelle piétonne. Les soirs de match, des milliers de supporters en vert et or la traversent à pied.


Le Brazos n’est pas qu’un décor. Les concepteurs du stade ont intégré l’eau au projet, avec un bassin aménagé à quelques mètres de l’enceinte. C’est là qu’est né le « sailgating », le tailgating version bateau, une idée que le directeur sportif Ian McCaw portait dès la construction du stade. Depuis, les jours de match, la « Bearmada » de pontons, de kayaks et de bateaux pavoisés aux couleurs de l’université glisse lentement vers l’enceinte. Peu de stades du pays offrent un tel cadre.


La Baylor Line, plus d’un demi-siècle de course

Avant même le coup d’envoi, le McLane Stadium a offert son plus beau moment : des centaines d’étudiants de première année ont envahi la pelouse au pas de course. C’est la Baylor Line, et son histoire commence dans la morosité.

En 1970, trois responsables des encouragements, Plunk, Newsom et Finley, ruminent une saison achevée sur un 0-10 et veulent remonter le moral du campus. Plus de 200 étudiants de première année répondent à l’appel, à leur grande surprise. La Line, réservée aux hommes, forme alors un tunnel humain sur la pelouse de l’ancien Floyd Casey Stadium. La Baylor Sideline, créée en 1971 pour les femmes, ne descend pas sur le terrain, et la Line ne devient mixte qu’en 1994.


Réorganisée au milieu des années 1990, la Line réunit aujourd’hui pratiquement tous les nouveaux étudiants, en maillots dorés floqués de leur année de diplôme et d’un surnom au dos. Ces maillots sont remis à Independence, berceau de l’université, comme un passage de témoin entre générations. Avant chaque match à domicile, la Line forme un immense tunnel pour accueillir l’équipe, puis rejoint une section réservée juste derrière le banc adverse.


En 2017, plus de 800 anciennes étudiantes, entrées à Baylor entre 1970 et 1994, ont enfin pu courir à leur tour. Et cet été, un vote national organisé par USA Today a sacré la course de la Baylor Line meilleure tradition d’entrée d’avant-match du football universitaire, devant l’aigle d’Auburn, Ralphie à Colorado et l’« Enter Sandman » de Virginia Tech. Samedi, la vague dorée a encore fait son effet. Sur le terrain, le spectacle allait se faire plus rare.


L’attaque de TCU se réveille, Lagway étouffé

Le premier drive de Baylor ne donne rien. En face, l’attaque de TCU, si poussive depuis un mois, démarre avec une précision inattendue. Bien protégé, Jaden Craig mène une marche de 57 yards en 9 jeux, conclue par un touchdown de 25 yards vers Ed Small (7-0).

Le Lagway flamboyant de Tempe, lui, ne se montre pas : deux sacks encaissés et deux passes déviées dans le premier quart.


Après quinze minutes, Craig affiche 9 passes complétées sur 13 pour 100 yards ; Lagway, 4 sur 9 pour 50. Pour couronner un premier quart frustrant, un field goal de 47 yards de R. Armstrong termine à côté juste avant la fin de la période.

La ligne offensive de TCU finit par craquer, avec deux sacks des Bears sur un même drive. Baylor recolle au deuxième quart grâce à Armstrong, qui se rattrape avec deux field goals. Le premier, de 39 yards, conclut une marche de 14 jeux qui cale juste avant la zone rouge. Le second, de 32 yards, vient au terme de l’unique incursion des Bears dans les 20 derniers yards de la soirée (7-6).


Une première mi-temps en dents de scie

Le reste de la période ressemble à un concours de maladresses. Lagway échappe le ballon sur un scramble, Micah Gifford intercepte une passe de Craig, et le running back Ryelan Morris commet un fumble à moins de deux minutes de la pause. Sur les trois fumbles de Baylor dans la soirée, un seul sera récupéré par TCU. Deux quarterbacks qui soufflent le chaud et le froid, des attaques au sol quasiment inexistantes : à la mi-temps, TCU n’a gagné que 7 yards sur 12 courses, Baylor 46 sur 24. Loin, très loin des 244 yards au sol des Bears à Arizona State.


La séquence qui fait basculer le match

Tout se joue au retour des vestiaires. Sur la première action, Craig trouve Jordan Dwyer sur une passe de 67 yards. Deux jeux plus tard, il sert son tight end Ka’Morreun Pimpton pour un touchdown de 8 yards (14-6). Trois jeux, 75 yards, 44 secondes : une séquence éclair a creusé un écart décisif.


TCU enfonce le clou avec une marche patiente de 14 jeux et 73 yards, conclue par un field goal de 25 yards de N. McCashland (17-6). Ce troisième quart-temps résume le match : 173 yards pour TCU, 31 pour Baylor.

Avec deux touchdowns en une soirée, presque autant qu’en trois défaites, l’attaque de TCU a enfin répondu présent. Dwyer termine avec 6 réceptions pour 150 yards, Small avec 7 pour 91 yards et un touchdown, et Craig avec 294 yards et deux touchdowns (21 sur 36).


Pourquoi TCU a gagné

Sur le papier, Baylor a eu le ballon : 87 jeux contre 66, 23 premiers essais contre 18, et presque autant de yards (310 contre 327). Mais les Bears ont avancé de 3,6 yards par jeu, contre 5,0 pour TCU. La différence se résume en quatre points.

D’abord, les troisièmes tentatives. Baylor n’en a converti que 6 sur 22, dont aucune sur trois au troisième quart. Les Bears ont dû tenter six quatrièmes tentatives pour prolonger leurs drives, et en ont réussi quatre. À force de dépendre des quatrièmes tentatives, la marge d’erreur devient infime.


Ensuite, les gros gains. TCU a avancé de 14 yards en moyenne par réception, contre 11,6 pour Baylor, dont la plus longue n’a jamais dépassé 21 yards. Une seule passe de 67 yards a pesé plus lourd que de longues séries de petits gains.


Troisième point, une attaque de Baylor incapable de punir les choix défensifs adverses. En seconde période, TCU a allégé sa boîte pour fermer les fenêtres de passe, invitant les Bears à courir. Ils n’y sont jamais parvenus (54 yards sur 34 courses).

« Ils jouaient presque une défense de prévention. Quand on lance contre ça, il faut être d’une précision extrême, parce que les fenêtres sont minuscules. Les couloirs étaient là pour courir, et on n’a pas su le faire face à une boîte très légère. C’était tout le match », a reconnu l’entraîneur de Baylor Dave Aranda.

Contraint de lancer 53 fois, Lagway, régulièrement sorti de sa poche pour échapper à la pression, a fini à 22 sur 53 (42 %), sans touchdown, avec une interception signée J. Johnson et quatre sacks encaissés. Trois d’entre eux sont l’œuvre de Hayward, qui a aussi forcé un fumble. La défense de TCU, l’une des dix meilleures du pays aux points encaissés avant la rencontre, a tenu son rang : Baylor n’avait jamais marqué moins de 16 points cette saison.


Enfin, le dernier quart-temps. Baylor y a gagné 120 yards sans inscrire le moindre point, plombé par 4 pénalités pour 35 yards et une seule conversion sur 7 en troisième tentative. Le dernier espoir s’est éteint sur un quatrième essai raté sur la ligne des 37 yards de TCU, à une minute de la fin. Craig n’avait plus qu’à poser le genou.


Tout n’est pas réglé pour autant chez les Horned Frogs. Sur les deux chantiers fixés par Dykes, un seul a progressé : TCU n’a perdu qu’un ballon, sur l’interception de Gifford, ses deux fumbles ayant été récupérés. En revanche, le jeu au sol reste introuvable, avec 33 yards sur 30 courses.


Le spectacle était dans les tribunes

Si l’explosivité des attaques n’était pas au rendez-vous, le spectacle, lui, l’était ailleurs. Pour une première au McLane Stadium, l’impression est saisissante. Il y a d’abord cette Baylor Line qui déferle sur la pelouse et offre aux joueurs une entrée magnifique. Il y a ensuite l’énergie des supporters, du coup d’envoi au coup de sifflet final.


Et puis il y a la fanfare, infatigable. Sur les troisièmes tentatives de l’adversaire, une partie des musiciens descend des tribunes jusqu’au bord de la ligne de touche, avant de regagner sa place juste avant le lancement du jeu. Une tradition visiblement bien rodée, mais saisissante quand on la découvre. Et dans les enceintes, l’autre DJ du stade, celui qui ne porte pas de casque, mérite lui aussi une augmentation.


Le quarterback de Baylor DJ Lagway à l’échauffement avant la rencontre face à TCU, le 17 octobre 2026, au McLane Stadium
Le quarterback de Baylor DJ Lagway à l’échauffement avant la rencontre face à TCU, le 17 octobre 2026, au McLane Stadium.

Aranda derrière son quarterback

« C’est frustrant. C’est décevant. C’est embarrassant », a résumé Aranda après la rencontre.

Mais l’entraîneur des Bears n’a pas lâché son quarterback.

Il s’est adressé à lui dès la fin du match : « Je lui ai dit que je crois en lui, et qu’on allait travailler pour progresser. Je crois en lui. Je crois en cette équipe. Je sais de quoi elle est capable. Je serai derrière cette équipe, et je serai derrière lui. »

Baylor tombe à 4-2 (2-1 en Big 12) et se déplacera à Kansas samedi prochain. TCU remonte à 3-3 (1-2), signe un deuxième succès consécutif dans la rivalité et offre un peu d’air à Sonny Dykes.


À Waco, TCU a remporté la bataille du terrain. Baylor, lui, a rappelé pourquoi le college football ne se résume jamais à un tableau d’affichage. Entre le Brazos, la Baylor Line et une fanfare infatigable, le McLane Stadium avait tout d’une grande soirée. Sauf les touchdowns des Bears.

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