Dante Moore & Co. : quand la fidélité rime encore avec le college football en 2026

Chaque intersaison, on parle énormément des joueurs qui partent. Pourtant, partout dans le college football, certaines des plus grandes stars ont fait un autre choix : rester, terminer ce qu’elles ont commencé et tenter de construire leur héritage au sein des programmes qui leur ont donné leur chance.
La fidélité dans le college football était autrefois assez simple à définir. Un joueur s’engageait avec une université, s’y développait, y passait trois ou quatre saisons puis, si tout se déroulait comme prévu, rejoignait la NFL avec sur son casque le même logo que celui qu’il avait choisi quelques années plus tôt.
Cette version du sport a en grande partie disparu. Le transfer portal n’a jamais rendu les changements d’université aussi simples. Le NIL et le partage des revenus ont offert aux joueurs un pouvoir financier que les générations précédentes n’auraient jamais pu imaginer. Les effectifs peuvent être profondément remaniés en quelques semaines, les quarterbacks devenir les joueurs les plus convoités du marché chaque hiver, et une seule grande saison peut soudainement ouvrir des portes aux quatre coins du pays.
Il n’y a rien de fondamentalement mauvais à cela. Les joueurs disposent enfin d’une partie de la liberté dont les entraîneurs et les programmes bénéficient depuis des décennies. Si un coach peut partir pour saisir une meilleure opportunité, un joueur doit pouvoir en faire autant. Mais quelque chose finit par se perdre dans toutes ces discussions.
Chaque intersaison, nous suivons presque obsessionnellement le portail : qui y est entré ? Qui est parti ? Qui a suivi son entraîneur ? Quel prétendant au titre a perdu un titulaire ? Quelle université a proposé davantage d’argent ? Quel effectif s’est fait dépouiller ? Les départs font les gros titres. Ceux qui restent deviennent souvent une simple note de bas de page.
Et pourtant, il suffit de regarder le college football en 2026. Certains joueurs promis à la NFL ont décidé que les dimanches pouvaient encore attendre. Des stars confirmées, qui auraient suscité un immense intérêt ailleurs, n’ont jamais mis leur nom dans le portail. Certains sont restés malgré un changement d’entraîneur, d’autres auprès du programme qui les a développés, et d’autres encore ont simplement estimé qu’une saison supplémentaire avec les mêmes coéquipiers avait davantage de valeur que de partir immédiatement à la recherche de la prochaine opportunité.
Ils ne sont pas tous restés pour les mêmes raisons et ne correspondent pas tous à la définition traditionnelle de la fidélité. C’est justement là tout l’intérêt. En 2026, être fidèle ne signifie plus rester parce qu’on n’a pas d’autre choix. Cela signifie avoir des options — parfois extrêmement lucratives — et décider qu’il reste malgré tout quelque chose qui mérite d’être poursuivi là où l’on se trouve déjà. Et personne n’incarne peut-être mieux cette idée que Dante Moore.
Dante Moore — une histoire encore inachevée à Eugene
S’il fallait retenir une décision pour illustrer cette idée, ce serait celle de Dante Moore. Après avoir lancé pour 3 565 yards et 30 touchdowns avec 71,8 % de passes complétées en 2025, Moore n’avait plus grand-chose à prouver concernant son potentiel pour la NFL. Annoncé parmi les tout premiers choix de la draft, il aurait pu quitter Eugene pour la NFL et le contrat garanti considérable qui l’attendait. Il a pourtant décidé de rester.
La raison est importante. Moore a expliqué vouloir encore progresser en tant que quarterback et, surtout, offrir à Oregon quelque chose que le programme poursuit depuis des décennies : son premier titre national. Son retour représente donc bien davantage qu’une saison supplémentaire pour accumuler des statistiques.
Oregon a terminé à 13-2 pour la première saison de Moore comme titulaire et atteint les College Football Playoffs, avant de voir son parcours s’achever sur une douloureuse défaite 56-22. Pour un joueur à qui l’argent de la NFL tendait déjà les bras, revenir signifie accepter une année supplémentaire d’entraînements, d’attentes, de pression et de risques de blessure parce que l’histoire lui semble encore inachevée.
Bien sûr, le NIL entre aussi dans l’équation. Prétendre le contraire serait naïf. Parler de fidélité en 2026 ne signifie pas faire abstraction de la réalité économique. Mais Moore pouvait franchir l’étape financière la plus importante que ce sport puisse offrir et a préféré passer une saison supplémentaire à Eugene. Parfois, la fidélité consiste simplement à considérer qu’une histoire inachevée mérite davantage que de partir à la première occasion. Et Moore est loin d’être le seul exemple dans son propre vestiaire.
La ligne défensive d’Oregon a fait le même choix
Regardons maintenant de l’autre côté du ballon à Eugene. A'Mauri Washington aurait pu se présenter à la NFL Draft après s’être imposé comme l’un des defensive linemen intérieurs les plus intrigants du pays. Avec ses quelque 150 kilos et des qualités athlétiques inhabituelles pour un joueur de ce gabarit, il en avait déjà suffisamment montré pour susciter un véritable intérêt en NFL. Washington a pourtant choisi de rester, tout comme Matayo Uiagalelei, Teitum Tuioti et Bear Alexander.
Quatre joueurs de ligne défensive. Quatre joueurs avec un véritable avenir en NFL. Quatre joueurs qui ont estimé qu’une saison supplémentaire à Oregon avait encore de la valeur. Et il ne s’agissait pas simplement de prospects marginaux cherchant une année supplémentaire pour enrichir leur film. Washington apparaissait sur les boards de draft parmi les meilleurs defensive tackles disponibles. Uiagalelei suscitait lui aussi l’intérêt des premiers tours, tandis que Tuioti venait de terminer meilleur joueur d’Oregon en sacks et tackles for loss. Ils avaient un choix à faire. Ils ont choisi Eugene.
Ensemble, ils offrent à Oregon quelque chose que même le recrutement le plus agressif sur le portail ne permet pas toujours d’acheter : de la continuité. Les Ducks ne récupèrent pas simplement leur quarterback pour une nouvelle tentative vers le titre national. Ils conservent un noyau de joueurs au calibre NFL qui, collectivement, ont regardé vers l’étape suivante de leur carrière et décidé que leur travail en college football n’était pas encore terminé.
La présence de Bear Alexander apporte d’ailleurs une nuance importante au mot « fidélité ». Son parcours l’a mené de Georgia à USC, puis finalement à Oregon. Selon l’ancienne définition du terme, il représenterait presque l’exact opposé de ce dont parle cet article. Mais peut-être que cette vieille définition n’est tout simplement plus adaptée. Dans le college football moderne, être fidèle ne signifie pas nécessairement ne jamais avoir été transféré. Parfois, cela signifie simplement avoir enfin trouvé l’endroit où l’on n’a plus envie de bouger.
Jeremiah Smith — rester lorsque l’on possède toutes les cartes
La situation de Jeremiah Smith est différente. Il ne pouvait pas se présenter à la NFL Draft 2026. Arrivé à Ohio State en 2024, la règle des trois années après le lycée l’empêchait encore de rejoindre la NFL. En revanche, le transfer portal était parfaitement accessible. Et il n’existe peut-être aucun joueur hors quarterback dans le college football disposant de davantage de pouvoir que Smith.
Il est déjà l’un des visages de ce sport, un talent générationnel au poste de receveur et l’un des joueurs les plus précieux du college football. S’il avait un jour décidé d’explorer ce qu’un autre programme pouvait lui proposer, pratiquement tous les prétendants au titre capables de répondre à ses exigences auraient décroché leur téléphone. Il porte pourtant toujours le scarlet and gray d’Ohio State.
Cela compte pour une autre raison. La fidélité ne se mesure pas uniquement lorsque la NFL frappe à la porte. Elle se mesure aussi lorsque l’on sait que l’on dispose d’autres possibilités. Ohio State a offert à Smith la plateforme lui permettant de devenir presque immédiatement une star nationale. En retour, il est devenu l’un des visages du programme au lieu de considérer Columbus comme une simple première étape avant de poursuivre sa route ailleurs.
Et 2026 lui offre l’occasion de construire quelque chose qui a toujours compté dans le college football : un héritage associé à un seul maillot. Dans vingt ans, personne ne se souviendra de son évaluation NIL. On se souviendra des réceptions, des grands matchs, des titres, du numéro 4 et des moments vécus à l’Ohio Stadium. C’est une autre forme de fidélité qui mérite elle aussi d’être soulignée. Smith n’a pas refusé la NFL. Il n’a simplement jamais eu besoin d’une autre université.
LaNorris Sellers — choisir encore South Carolina
LaNorris Sellers aurait pu devenir l’un des quarterbacks les plus convoités du marché. Il a préféré rester un Gamecock. Cette distinction est importante, car Sellers n’est pas simplement un autre quarterback resté dans l’université où il avait commencé sa carrière. Il est devenu une partie de l’identité construite par Shane Beamer à South Carolina.
Du haut de son mètre 91 pour plus de 104 kilos, Sellers possède la combinaison que tous les programmes recherchent : puissance de bras, mobilité, qualités physiques et suffisamment d’expérience pour que l’on puisse encore se demander jusqu’où son potentiel peut l’emmener. À l’ère du portail, un tel profil crée des possibilités. Beaucoup de possibilités.
Mais ne pas repartir de zéro a également de la valeur. Sellers connaît déjà l’attaque, le staff et les attentes à Columbia. Et South Carolina sait exactement à qui le programme souhaite confier ses clés. Cette relation prend encore davantage de sens après une saison qui n’a pas répondu aux attentes.
Rester lorsque tout fonctionne est relativement facile. Rester lorsqu’il reste encore quelque chose à réparer en dit davantage. Pour Sellers, 2026 ne consiste pas à chercher si l’herbe pourrait être plus verte ailleurs. Il s’agit de découvrir jusqu’où le programme qu’il a déjà choisi peut aller avec lui à sa tête.
Noah Fifita — continuer à croire en Arizona
Noah Fifita représente peut-être la version la plus traditionnelle de la fidélité dans cette liste. Contrairement à certains des autres joueurs évoqués ici, il n’a pas eu besoin de changer d’université pour trouver l’environnement qui lui correspondait. Arizona lui a donné sa chance, il y est devenu titulaire et l’un des visages du programme, et il a choisi de continuer à construire son histoire à Tucson alors que le transfer portal aurait pu lui offrir une porte de sortie à plusieurs reprises.
Son parcours n’a pourtant pas été parfaitement linéaire. Fifita a connu les sommets, les attentes qui accompagnent le statut de quarterback établi, mais aussi les changements et les périodes plus compliquées traversées par le programme. Dans le college football actuel, ce sont précisément les moments où un quarterback expérimenté peut regarder ailleurs. À ce poste plus qu’à n’importe quel autre, l’expérience et la production ont une valeur considérable sur le portail. Fifita aurait pu repartir de zéro dans un autre programme. Il a préféré continuer avec Arizona.
Et c’est peut-être ce qui rend son choix intéressant. La fidélité ne consiste pas uniquement à rester lorsque tout va bien ou lorsqu’un titre national semble à portée de main. Elle peut aussi consister à croire suffisamment dans un programme, dans ses coéquipiers et dans ce que l’on a déjà construit pour vouloir participer à la suite de l’histoire. À une époque où changer d’université est devenu presque banal pour un quarterback, la continuité elle-même peut devenir une déclaration.
Pour Fifita, 2026 représente donc autre chose qu’une saison supplémentaire. C’est l’occasion de continuer à associer son nom à Arizona, plutôt que d’ajouter une nouvelle ligne à son CV universitaire. Les grandes carrières en college football ne se mesurent pas uniquement en statistiques ou en perspectives NFL. Elles se construisent aussi dans la relation qu’un joueur finit par créer avec une université, un programme et ses supporters. Fifita a déjà eu plusieurs occasions de chercher quelque chose de nouveau. Il a choisi de continuer à construire là où son histoire a commencé.
Ahmad Hardy — trouver un endroit où l’on a envie de rester
Ahmad Hardy bouscule lui aussi la définition traditionnelle de la fidélité. Il n’a pas commencé sa carrière à Missouri. Hardy est arrivé en provenance de Louisiana-Monroe, avant d’exploser en SEC avec 1 649 yards au sol dès sa première saison avec les Tigers et de s’imposer comme l’un des meilleurs running backs du pays.
Cette réussite lui a donné du pouvoir, et c’est précisément ce qui rend son choix intéressant. Hardy connaissait déjà le portail et savait parfaitement ce qu’un changement d’université pouvait apporter à une carrière. Après avoir démontré qu’il pouvait produire face aux défenses de SEC, il aurait pu une nouvelle fois examiner ses possibilités. Il a choisi de rester à Missouri.
La fidélité moderne ne se résume pas nécessairement à l’endroit où l’on a commencé. Elle peut aussi consister à reconnaître que l’on a trouvé un endroit où l’on a envie de rester. Missouri a offert à Hardy la plateforme lui permettant de devenir un nom connu à l’échelle nationale. Hardy a offert à Missouri l’une des plus grandes saisons au sol de l’histoire du programme. Les deux vont maintenant disposer d’une année supplémentaire ensemble.
Trinidad Chambliss et Kewan Lacy — rester malgré le changement
Il y a ensuite Ole Miss. Peu de programmes avaient davantage de raisons de connaître une importante instabilité dans leur effectif après 2025. Lane Kiffin est parti à LSU, Pete Golding a pris les commandes et les Rebels sont entrés dans le type de période de transition qui pousse généralement de nombreux joueurs vers le portail. Deux des pièces les plus importantes de leur attaque ont pourtant choisi de rester.
Trinidad Chambliss avait déjà emprunté l’un des chemins les plus improbables vers la scène nationale, passant de Ferris State à Ole Miss avant de conduire les Rebels au terme d’une saison remarquable. Il aurait pu laisser son histoire s’arrêter là. Au contraire, il s’est battu pour obtenir la possibilité de jouer une saison supplémentaire, et Kewan Lacy, l’un des running backs les plus productifs du pays, sera encore à ses côtés.
Ce choix est significatif. Lorsqu’un entraîneur part, nous nous attendons presque instinctivement à voir les joueurs le suivre. La structure actuelle du college football permet de considérer chaque changement majeur de staff comme une occasion de tout remettre en question. Chambliss et Lacy ont préféré la continuité. Ils ne restent pas parce que rien n’a changé. Ils restent alors que presque tout a changé autour d’eux.
Pourquoi les stars peuvent désormais choisir de rester
Une autre raison explique pourquoi ce type de décision devient plus fréquent, et il serait malhonnête de parler de fidélité dans le college football moderne sans l’évoquer : l’argent.
Pendant des générations, les meilleurs joueurs universitaires étaient confrontés à un calcul financier relativement évident. Si la NFL vous considérait prêt, rester une année supplémentaire à l’université signifiait retarder l’arrivée d’une somme capable de changer une vie tout en continuant à s’exposer au risque de blessure. L’équation n’est plus aussi simple. Le NIL, le partage des revenus et, plus largement, la nouvelle économie du college football permettent désormais aux meilleurs joueurs de gagner des sommes considérables sans quitter l’université.
Pour les quarterbacks d’élite, mais également pour certains joueurs évoluant à des postes particulièrement valorisés comme offensive tackle ou edge rusher — les revenus disponibles en NCAA peuvent réduire l’urgence financière qui rendait autrefois un départ pour la NFL presque automatique. Cela ne rend pas leur décision de rester moins significative. Cela la rend possible.
Dante Moore n’a plus à choisir entre gagner de l’argent et rester à Oregon. Jeremiah Smith n’a pas besoin d’être transféré simplement pour maximiser sa valeur. Les meilleurs joueurs peuvent désormais mettre dans la balance leur développement, leurs relations, les titres et l’héritage qu’ils souhaitent laisser, en plus de la dimension financière. Ils n’ont plus nécessairement à placer d’un côté la sécurité financière et de l’autre le college football. Et cela change profondément la donne.
Des objectifs encore inachevés
Il reste ensuite tout ce à quoi il est difficile d’attribuer une valeur financière : le titre national qui n’a pas encore été remporté, le match de rivalité perdu, le coéquipier avec lequel on évolue depuis trois ans, l’entraîneur qui vous a recruté, le coach de position qui vous a fait progresser, le campus devenu une deuxième maison ou encore cette saison qui s’est arrêtée un match trop tôt.
Ces choses ont toujours compté dans le college football. La différence, aujourd’hui, est que les joueurs disposent d’une plus grande liberté pour décider de l’importance qu’ils souhaitent leur accorder. Moore peut repenser à la manière dont la saison s’est terminée en playoffs et décider qu’il veut une nouvelle chance. La ligne défensive d’Oregon peut regarder autour d’elle dans le vestiaire et constater que les joueurs nécessaires pour aller chercher un titre national sont toujours là. Sellers peut décider qu’il préfère tenter d’emmener South Carolina plus haut plutôt que de recommencer ailleurs. Chambliss et Lacy peuvent estimer qu’un changement d’entraîneur ne doit pas nécessairement mettre un terme à ce qu’ils ont contribué à construire à Ole Miss.
Ce n’est pas de la naïveté. C’est simplement avoir le pouvoir de choisir.
La continuité conserve de la valeur
Il existe également une raison purement sportive de rester. Chaque transfert comporte des risques : un nouveau système offensif, une terminologie différente, de nouveaux coéquipiers, d’autres attentes, un autre staff de préparation physique, un nouveau coach de position, un nouveau campus et un nouveau vestiaire.
Parfois, un transfert transforme une carrière. Parfois, ce n’est pas le cas. Pour les joueurs déjà établis dans un environnement qui favorise leur développement, la continuité conserve une réelle valeur. Une année supplémentaire dans la même attaque peut permettre à un quarterback d’être mieux préparé pour la NFL. Une saison de plus avec le même staff défensif peut transformer une projection de deuxième tour en sélection au premier tour. Une année supplémentaire de développement physique peut parfois avoir davantage de valeur que la recherche permanente de la prochaine opportunité.
Le portail donne aux joueurs la liberté de partir. Mais il donne également davantage de sens au fait de rester, précisément parce que rester n’est plus la seule option réaliste.
La fidélité n’a pas disparu. Sa définition a changé.
Il serait facile de romantiser tout cela, mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Les joueurs de college football n’ont aucune obligation de rester dans la même université. Un transfert peut être la bonne décision sur le plan académique, sportif, financier ou personnel. Les entraîneurs quittent chaque année leur programme pour de meilleures opportunités. Les universités n’hésitent pas non plus à se séparer de certains joueurs lorsqu’elles pensent pouvoir trouver mieux. Les joueurs méritent la même liberté.
Mais c’est précisément cette liberté qui donne désormais de la valeur à la fidélité. Une décision n’a finalement que peu de sens lorsqu’aucune alternative n’existe. Aujourd’hui, il y en a presque toujours une.
C’est pour cela qu’il faut être prudent lorsque l’on affirme que la fidélité a disparu du college football. Peut-être passons-nous simplement trop de temps à regarder le fil des transactions. Pour chaque départ qui fait les gros titres, des joueurs décident discrètement que ce qu’ils possèdent déjà mérite d’être conservé.
Certains, comme Dante Moore, repoussent leur arrivée en NFL. D’autres, comme A'Mauri Washington, Matayo Uiagalelei et Teitum Tuioti, disposent de véritables opportunités professionnelles mais estiment qu’une saison supplémentaire avec leurs coéquipiers en vaut la peine. Des joueurs comme Jeremiah Smith possèdent un pouvoir presque inimaginable dans le paysage universitaire et choisissent malgré tout la continuité. Ahmad Hardy et Bear Alexander nous rappellent qu’avoir été transféré n’empêche pas de finir par trouver un programme que l’on souhaite appeler « chez soi ».
Et Trinidad Chambliss ou Kewan Lacy restent alors même que le programme autour d’eux traverse une profonde transformation.
Leurs raisons sont différentes, et c’est très bien ainsi. Parce que la fidélité en 2026 ne consiste pas à demander à un jeune de 18 ans de rester éternellement lié à une décision prise lorsqu’il était encore au lycée. Elle repose désormais sur une notion beaucoup plus simple : le choix.
Et c’est peut-être l’une des conséquences les plus intéressantes de l’ère du portail et du NIL : rester est enfin devenu un véritable choix.
Le college football s’est toujours construit autour de la notion d’héritage d’une manière différente du sport professionnel. Les noms inscrits dans les stades. Les maillots dont on se souvient vingt ans plus tard. Les quarterbacks qui deviennent indissociables d’une université. Les defensive linemen qui auraient pu jouer le dimanche mais sont revenus pour une saison supplémentaire le samedi. Les joueurs qui auraient pu courir après la prochaine opportunité mais ont préféré terminer ce qu’ils avaient commencé à construire.
C’est ce que l’on risque d’oublier lorsque le college football n’est plus présenté que comme un marché. Les joueurs restent attachés à l’endroit où ils jouent. Ils restent attachés à leurs coéquipiers, à leurs entraîneurs, à l’idée de gagner des titres et de laisser quelque chose derrière eux. Et parfois, ils restent aussi attachés à l’université qui leur a donné leur chance.
Nous passerons encore beaucoup de temps cette saison à parler des joueurs transférés, des programmes qu’ils ont quittés et des opportunités qu’ils ont trouvées ailleurs. Mais il ne faudrait pas oublier l’autre visage de l’ère du portail.
Moore. Smith. Sellers. Hardy. Washington. Uiagalelei. Tuioti. Fifita. Alexander. Chambliss. Lacy...Des histoires différentes. Des raisons différentes. Des définitions différentes de la fidélité. Mais, au fond, une même décision.
À une époque où presque tous les joueurs pourraient trouver une autre destination, choisir de rester a quelque chose de particulièrement significatif.
Parfois, la décision la plus importante qu’un joueur puisse prendre n’est pas de savoir où aller ensuite.
C’est de réaliser qu’il est peut-être déjà là où il veut être.





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