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De la NFL à la NCAA : la Big Ten et la SEC referment brutalement la brèche

25 août
7 min de lecture
Le commissaire de la SEC Greg Sankey. La conférence a adopté à l’unanimité une nouvelle règle interdisant le retour d’athlètes passés par
Le commissaire de la SEC Greg Sankey. La conférence a adopté à l’unanimité une nouvelle règle interdisant le retour d’athlètes passés par les rangs professionnels. Photo : Cal Sport Media / Alamy.

Quarante-huit heures ont suffi. Entre le retour organisé de Dae'Quan Wright et Zxavian Harris à LSU et une décision de justice offrant à un ancien joueur NBA un maillot universitaire, les deux conférences les plus puissantes du sport universitaire ont réagi presque simultanément. Mardi, la Big Ten et la SEC ont adopté à l'unanimité des règles destinées à empêcher un athlète passé par les rangs professionnels de revenir évoluer au niveau universitaire.

Et les sanctions envisagées montrent qu'il ne s'agit pas d'une simple déclaration de principe.


La Big Ten ouvre le bal

La réaction est d'abord venue de la Big Ten. Mardi après-midi, les 18 établissements de la conférence ont adopté à l'unanimité une nouvelle règle visant directement les joueurs ayant déjà franchi la frontière entre sport universitaire et sport professionnel.

Désormais, un footballeur ne pourra plus être considéré comme éligible dans la conférence s'il a signé un contrat professionnel ou figuré, à un moment ou à un autre, sur l'effectif d'une équipe professionnelle. La mesure concerne également les underclassmen qui se sont déclarés pour la draft NFL sans se retirer de la procédure dans les délais prévus.

La Big Ten ne compte d'ailleurs peut-être pas s'arrêter au football. Dans son communiqué, la conférence a indiqué qu'elle continuait d'étudier la possibilité d'appliquer des restrictions comparables dans d'autres sports.


La SEC étend l'interdiction à la NBA et à la WNBA

Quelques heures plus tard, la SEC a emboîté le pas à sa rivale. À l'issue de deux jours de réunions entre présidents, chanceliers et directeurs sportifs au siège de la conférence à Birmingham, en Alabama, la nouvelle politique a été approuvée par un vote de 16-0, selon les informations d'ESPN.


Mais la SEC a choisi un périmètre nettement plus large. Sa règle ne concerne pas uniquement les joueurs passés par la NFL. Un établissement ne pourra pas aligner un athlète qui s'est déclaré pour une draft professionnelle, qu'il s'agisse de la NFL, de la NBA ou de la WNBA, sans s'être retiré conformément aux règles en vigueur. Sont également concernés les joueurs ayant signé un contrat avec une franchise NFL ou une autre ligue professionnelle de football américain, ainsi qu'avec une équipe NBA, G League, WNBA ou affiliée.

Cette extension au basket n'a rien de théorique. Lundi, l'ancien meneur vedette de St. John's


R.J. Luis Jr. a obtenu d'un juge de Louisiane une injonction temporaire lui permettant de rejoindre le programme de basket de LSU dirigé par Will Wade, alors même qu'il avait été brièvement sous contrat avec le Jazz et les Celtics. Le phénomène avait donc déjà débordé du football au moment du vote.

Ensemble, les deux conférences ferment la porte à 34 programmes parmi les plus puissants du pays.


Des sanctions calibrées pour dissuader les universités

La portée réelle des deux décisions se mesure surtout aux sanctions. Car il ne s'agit pas seulement de déclarer les joueurs inéligibles : les conférences veulent dissuader leurs propres universités de tenter le coup.


Dans la Big Ten, une infraction pourrait coûter à l'entraîneur principal la moitié de sa saison, soit une suspension de 50 % des matchs, tandis que son université s'exposerait à une amende institutionnelle. Selon CBS Sports, le barème serait calqué sur celui utilisé par la NCAA pour sanctionner les « transferts fantômes », avec une pénalité pouvant représenter 20 % du budget football du programme. Pour les mastodontes financiers de la conférence, la facture se compterait en millions de dollars. Le chiffre n'a toutefois pas été confirmé publiquement par la Big Ten.


Le changement de régime reste considérable. Jusqu'ici, la politique disciplinaire de la conférence permettait surtout au commissaire Tony Petitti d'imposer des amendes à cinq chiffres, les sanctions les plus lourdes nécessitant l'approbation du comité exécutif.

La SEC a choisi une autre approche. Son communiqué se termine par une mention sans ambiguïté : le commissaire Greg Sankey est autorisé à faire respecter cette règle par des sanctions contre les établissements membres. Un porte-parole a précisé à ESPN que le détail des pénalités serait annoncé ultérieurement. La Big Ten affiche donc un prix à payer, quand la SEC se réserve le droit d'adapter la sanction à chaque situation.


Wright, Harris et LSU ont accéléré le calendrier

Le 19 août, le juge William Jorden, de la 19e cour de district judiciaire de la paroisse d'East Baton Rouge, a accordé une ordonnance de restriction temporaire à des athlètes de la promotion 2022, soit 33 sportifs au total dont 16 footballeurs, en leur ouvrant une cinquième année d'éligibilité, à condition qu'ils résilient leur contrat professionnel et remboursent les sommes perçues. Le magistrat a également ordonné la réouverture du portail des transferts, normalement accessible en janvier, pendant une semaine pour les plaignants.


La contrainte financière n'a rien d'anecdotique. Le linebacker des Tampa Bay Buccaneers Jack Pyburn, ancien de LSU et lui aussi plaignant, avait un contrat garanti à hauteur de 115 000 dollars, dont 15 000 de prime à la signature.

C'est dans cette brèche que LSU s'est engouffrée. Lane Kiffin, arrivé à Baton Rouge en décembre après cinq saisons à Ole Miss, a récupéré coup sur coup deux de ses anciens joueurs : le tight end Dae'Quan Wright et le defensive tackle Zxavian Harris.

Le parcours de Wright résume à lui seul l'absurdité du moment. Non drafté en avril, il signe avec les Philadelphia Eagles, est libéré le 11 août, puis réclamé aux waivers par les Cleveland Browns. Il ne dispute aucune minute lors des deux matchs de présaison de la franchise, avant d'être coupé dimanche. Il a passé les waivers sans être réclamé mardi et doit s'engager avec les Tigers, onzièmes du classement AP de présaison, mercredi. Harris, également agent libre non drafté, arrive lui des New Orleans Saints.

L'entraîneur des Browns,

Todd Monken, a d'ailleurs révélé que Kiffin l'avait contacté au sujet de Wright environ une semaine avant que l'affaire ne devienne publique.

Kiffin a assumé sa démarche lundi en conférence de presse, refusant de commenter des cas individuels mais rappelant que les joueurs concernés étaient devenus recrutables et que d'autres programmes s'y intéressaient également. Sa logique tient en une phrase : si LSU ne les prend pas, l'équipe les affrontera peut-être.


Le vote de mardi place donc la SEC dans une position inconfortable, à quatre jours du coup d'envoi de la saison. Deux questions restent en suspens. Cette politique peut-elle s'appliquer à des joueurs dont le retour avait déjà été organisé avant son adoption ? Et que fera la conférence de ses propres statuts, qui interdisent les transferts internes en dehors de la fenêtre de janvier, un point qui concerne directement un mouvement d'Ole Miss vers LSU ? L'université n'avait pas réagi publiquement dans l'immédiat.


Un précédent récent montre que les conférences n'hésitent plus à affronter leurs propres membres. Dans le dossier Brendan Sorsby, le Big 12 était allé jusqu'à saisir la justice pour faire reconnaître son autorité disciplinaire face à Texas Tech, avant que l'université ne renonce. Une source citée par Yahoo Sports parle d'ailleurs du « moment Sorsby » de Greg Sankey.


Les entraîneurs réclament une frontière claire

Dan Lanning avait donné le ton dès samedi. Pour l'entraîneur d'Oregon, rejoindre la NFL doit constituer un point de non-retour. Il avait aussi insisté sur une conséquence très concrète : avec des effectifs désormais plafonnés, chaque place accordée à un joueur revenant du monde professionnel est une place qui disparaît pour un athlète déjà présent dans le système. Sa position est d'autant plus notable qu'Oregon, deuxième du classement AP de présaison, figurerait parmi les programmes les mieux armés pour profiter d'une telle ouverture.


Mardi, d'autres voix se sont ajoutées. L'entraîneur de Duke, Manny Diaz, a estimé qu'aucune autre organisation ne serait dirigée de cette manière et appelé les conférences à combler elles-mêmes le vide laissé par l'absence d'autorité centrale. Notre Dame, indépendante en football, s'est déclarée totalement opposée au retour de joueurs passés par la NFL.

La sidération dépasse même les frontières du sport universitaire. Interrogé sur la possibilité qu'un joueur qu'il a libéré retourne à l'université, l'entraîneur des Los Angeles Rams Sean McVay a répondu qu'il avait l'impression d'avoir avalé un space cake.


Le Big 12 et l'ACC pourraient rapidement suivre

Dans le Big 12, les directeurs sportifs ont exprimé un soutien unanime au principe d'une interdiction. Une nouvelle réunion était prévue mercredi et une politique formelle pourrait être adoptée dans les prochains jours. L'ACC travaille elle aussi sur le dossier : son commissaire Jim Phillips a confirmé que la question serait abordée mercredi. Une interdiction à l'échelle de l'American serait également à l'étude.


Des zones grises qui promettent de nouveaux recours

Les nouvelles règles ne tranchent pourtant pas toutes les questions.

La première concerne la draft. Les restrictions visent essentiellement les joueurs qui se sont déclarés avant d'avoir épuisé leur éligibilité universitaire. Un joueur ayant terminé son parcours NCAA avant de voir son nom inscrit à la draft ne se retrouve donc pas nécessairement dans la même situation.


Le dossier Cole Hutson illustre une autre difficulté. L'offensive lineman a poursuivi la NCAA devant un tribunal texan pour obtenir une saison supplémentaire et a été autorisé à rejoindre Texas après des camps NFL, sans jamais avoir été sous contrat. Chaque cas dépend donc de circonstances juridiques très précises.

Surtout, rien n'est définitivement réglé. Les ordonnances rendues à Baton Rouge sont des mesures temporaires et une audience sur une injonction préliminaire est fixée au 31 août en Louisiane. Le sort réel des joueurs concernés pourrait donc évoluer une nouvelle fois quelques jours seulement après le début de la saison.


Enfin, en légiférant elles-mêmes, les conférences s'exposent directement aux futures contestations. Pendant des décennies, la NCAA constituait la principale cible des recours portant sur l'éligibilité. Désormais, une conférence qui interdit à un joueur de participer pourrait devoir défendre sa politique devant les tribunaux. Des recours de joueurs, voire d'universités, paraissent inévitables si ces règles commencent réellement à être appliquées. L'unanimité obtenue mardi limite toutefois, à court terme, la probabilité d'une fronde interne.

Pendant ce temps, la NCAA continue de réclamer une intervention du Congrès et plaide pour l'adoption du Protect College Sports Act, nouvelle illustration d'un système dans lequel les conférences prennent de plus en plus souvent les décisions que l'association nationale ne parvient plus à imposer seule.


Une brèche ouverte et presque aussitôt refermée

Un joueur coupé pendant la présaison NFL pouvait soudainement envisager de rejoindre, quelques jours plus tard, un programme du Top 15 national. En quarante-huit heures, le college football est passé de cette situation presque inimaginable à une contre-offensive réglementaire.


La Big Ten a choisi la dissuasion maximale : jusqu'à la moitié d'une saison de suspension pour l'entraîneur et potentiellement plusieurs millions de dollars d'amende pour son université. La SEC a préféré élargir immédiatement le principe au-delà du football, en incluant les joueurs passés par la NBA, la G League et la WNBA.

Derrière les différences de forme, le message est identique. Le sport universitaire doit rester réservé aux athlètes universitaires, et le passage chez les professionnels doit constituer une frontière.

Reste désormais la partie la plus délicate. Écrire une règle à l'unanimité est une chose. L'appliquer, quelques jours plus tard, à l'un de ses propres membres, et éventuellement défendre cette décision devant un tribunal, en est une autre.

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