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De Montréal à USC : l’ascension de Floyd Boucard

27 août
8 min de lecture
Floyd Boucard - USC Trojans
Floyd Boucard, joueur de ligne défensive des Trojans de USC, après la rencontre face à Georgia Southern, le 6 septembre 2025 au Los Angeles Memorial Coliseum. Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire.

Il y a des trajectoires qui se lisent comme une ligne droite : un enfant naît dans une ville de football, grandit dans un lycée réputé, signe avec l'université du coin. Celle de Floyd Boucard ne ressemble à rien de tout cela.

Floyd Boucard est aujourd'hui joueur de ligne défensive chez les USC Trojans, l'un des programmes les plus prestigieux du pays. C'est là qu'il en est aujourd'hui. Le chemin, lui, est nettement moins ordinaire.

« Moi, mon nom c'est Floyd Boucard. Moi, je suis un jeune de Montréal au Canada. La première fois, j'ai commencé à jouer au football, c'était j'avais l'âge de 7 ans » répond-il quand on lui demande à quand remonte son premier casque de football.

Sept ans. À Montréal. Soit près d'une décennie de football derrière lui avant de mettre les pieds en Alabama. Ce n'est d'ailleurs pas le football qu'il vise au départ.

« C'est que je voulais jouer, je voulais jouer au soccer avant. Mais ça a pas vraiment marché, so mes cousins ils jouaient au football. » Il suit.

Son tout premier entraînement reste un souvenir précis, et il en rit encore. Persuadé qu'on ne se présente pas autrement, le gamin débarque avec tout l'équipement sur le dos.

« Tu sais, genre, quand c'est pas vraiment un sport, tu vas à la pratique tout habillé. Moi, j'étais tout habillé. J'avais le casque, j'avais les épaulettes, j'avais les souliers, directement, sans chandail. So dès que je suis arrivé à la pratique, j'avais l'air un peu... tu comprends ? »

Suit un parcours de postes qui éclaire beaucoup de ce qu'il est devenu. On l'essaie d'abord sur la ligne offensive.

« Dès que j'ai commencé à courir, ils ont vu ma vitesse, puis ils ont vu que OK, il peut courir quand même vite. J'ai échangé pour porteur de ballon. J'ai joué porteur de ballon pour longtemps. »

Le reste suivra : « Puis après ça, genre, j'ai commencé à être sur joueur ligne défensive, porteur de ballon, linebacker, tu comprends ? J'étais, j'étais un petit peu partout. »

Le directeur du recrutement de 247Sports, Andrew Ivins, le décrivait comme un joueur d'une mobilité surprenante pour son gabarit, prompt à sortir de sa position et à placer ses mains, doté d'un centre de gravité naturellement bas. Son passé de running back apporte en tout cas un éclairage intéressant sur cette mobilité atypique pour un homme d'1,91 m et 143 kg.


Partir seul à 14 ans

Le vrai basculement n'est pas sportif. Il est humain, et il survient au sortir de la pandémie.

« Dans le fond, c'était un petit peu après le COVID. J'avais un mentor, il s'appelle Coach Jean-Guillaume. Gros, gros merci à lui. Coach Jean-Guillaume, il avait des connexions, il m'a laissé aller à l'école. »

Boucard quitte Montréal seul.

« Ouais, je suis parti tout seul à l'âge de vers 15 ans, 14-15 ans. Je suis parti tout seul. J'habitais dans une maison d'accueil, avec une famille d'accueil. C'était une très, très bonne famille. Je les apprécie beaucoup. Puis, comme, c'est un peu ça mon chemin, là. J'adore mon parcours. »

L'arrivée n'est pas évidente. Pour des raisons d'éligibilité dont il ne se souvient plus du détail, il ne peut pas jouer sa première année.

« Comme la première année, je pouvais pas jouer, à cause que... je me rappelle plus qu'est-ce qui s'est passé, mais je pouvais pas jouer. Puis ça m'a quand même brisé le cœur, parce que je voulais vraiment jouer. »

Sa réaction en dit long sur le joueur.


« Je me suis dit : tu sais quoi ? Je peux pas jouer, je vais juste me concentrer au niveau académique. Je me suis concentré au niveau académique, j'ai remonté mes notes, puis la saison d'après, j'ai pu jouer. »


C'est un épisode rarement évoqué dans les portraits consacrés à son parcours, et il change la lecture de tout ce qui suit. Sa saison de junior en 2023 (l'équivalent de la classe de première) avec Mobile Christian n'est pas l'éclosion d'un débutant : c'est le retour d'un joueur qui a passé un an à regarder. Les Leopards bouclent une saison parfaite, 15 victoires et aucune défaite, et remportent le titre d'État de classe 3A, en limitant leurs adversaires à moins de 10 points par match.


Boucard compile 85 plaquages, dont 27 pour perte de terrain et 11 sacks, tout en prenant quelques séquences en attaque comme tight end et running back. Il figure dans trois équipes-types : les premières équipes All-State de la classe 3A et de l'Alabama Sports Writers Association, ainsi que la première équipe All-Coastal du Press-Register.

« On a gagné le championnat, puis après ça, j'ai commencé à avoir des offres qui rentraient. Beaucoup plus d'offres qui rentraient. » 

Le décompte donne la mesure du phénomène : 247Sports recense pas moins de 47 offres pour le Montréalais, parmi lesquelles Alabama, Miami, Colorado, Florida, Florida State, Georgia, Indiana, LSU, Louisville, Maryland, Michigan State, Missouri, Ole Miss, Oregon et Penn State. Il n'en retiendra que quatre pour une visite, toutes concentrées entre fin mai et fin juin 2024 : Miami, USC, Oklahoma et Alabama.


Pour sa dernière année de lycée, il rejoint Miami Central, l'un des meilleurs programmes de Floride, où il sera nommé parmi les candidats au titre de joueur de l'année du sud de la Floride et désigné meilleur joueur de ligne défensive du camp Under Armour Next, à Atlanta.

Les évaluations de son potentiel, elles, ont longtemps divergé. USC le présente comme un quatre étoiles et rappelle qu'ESPN le classait 31e defensive lineman du pays, Rivals 41e, On3 53e et 247Sports 63e. Ailleurs, il a passé tout son recrutement étiqueté trois étoiles : le classement composite de 247Sports en faisait le 447e prospect national et le 48e defensive lineman de sa promotion. Deux lectures d'un même joueur, selon qu'on regarde ce qu'il a produit ou ce qu'il pourrait devenir.


« J'ai flip mon commitment, puis je regrette zéro »

En juillet 2024, il s'engage avec Oklahoma. Deux mois plus tard, quelques jours après une visite chez les Hurricanes de Miami, il annonce un lundi soir qu'il revient sur sa parole. Une visite non officielle à Los Angeles pour le match du 28 septembre contre Wisconsin emporte la décision, et il officialise son engagement le jeudi suivant.

Sa version des faits éclaire un choix qui avait surpris à l'époque. La loyauté, dans son esprit, ne l'attachait pas à Oklahoma : elle le liait à ceux qui n'avaient jamais cessé de le vouloir.

« Ben, dans le fond, moi je crois vraiment à la loyauté. Puis USC, c'était une école que, même quand j'avais commit à Oklahoma, ils m'ont toujours dit les affaires : on te veut toujours, on te veut dans ce programme, puis on sait qu'est-ce que tu pourrais faire pour ce programme. »

« Et après ça, j'ai prié beaucoup dessus, puis j'ai vu que USC, c'est vraiment la place, c'est là que je veux être. Alors j'ai pris une grande décision. J'ai flip mon commitment, puis je suis venu ici. Puis jusqu'à date, je regrette zéro. »

Il bouclera son lycée avec un semestre d'avance pour rejoindre USC dès le printemps 2025.

Floyd Boucard
Floyd Boucard (88), joueur de ligne défensive des Trojans de USC, lors du match face à Missouri State, le 30 août 2025 au Los Angeles Memorial Coliseum. Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire.

Une première saison contrariée

Boucard dispute 10 matchs pour sa saison rookie et signe 9 plaquages, dont 2 pour une perte cumulée de 13 yards, un sack pour 9 yards de recul et deux pressions sur le quarterback. Son premier sack au niveau universitaire, il l'effectue lors de la troisième journée, contre Purdue. Puis, selon Sports Illustrated, une blessure au bas du corps contractée contre Michigan le 11 octobre l'écarte pendant une bonne partie de la seconde moitié de saison. Il revient face à Oregon et ajoute trois plaquages à l'Alamo Bowl contre TCU.

Neuf plaquages ne font pas la une. Mais le staff d'USC avait compris avant tout le monde : Lincoln Riley le citait à répétition dès les entraînements de printemps, et il était vite devenu clair qu'il entrerait dans la rotation dès sa première année.


2026 : « on a ramené du renforcement »

L'unité défensive a été refaite de fond en comble. Gary Patterson, ancien head coach de TCU et membre de la promotion 2026 du Hall of Fame du football universitaire, a été recruté comme coordinateur défensif en janvier. Eric Henderson est parti aux Washington Commanders et Skyler Jones a été promu entraîneur des defensive tackles. À l'intérieur, USC a fait venir Alex VanSumeren, titulaire pendant deux ans à Michigan State.

Interrogé sur la 14e place attribuée aux Trojans au classement national, Boucard écarte la question sans hésiter.

« Pour de vrai, tu as dit qu'on est 14e, moi je regarde pas vraiment. Moi, je suis plus une personne qui se concentre sur le présent. »

Ce qu'il retient, c'est le remaniement.

« Quelque chose qu'on a changé, comme vous avez vu : on a changé notre coaching staff. On a beaucoup de nouvelles personnes qui sont venues ici. Alors, juste en faisant des petits rajustements ici par là, tu peux vraiment voir la différence, juste parce que on a amené des personnes où on avait les points les plus faibles. On a ramené du renforcement, puis en ce moment ça nous aide beaucoup. »

L'occasion, elle, arrive plus tôt que prévu. Jahkeem Stewart, élu dans l'équipe-type des freshmen All-American l'an dernier et pièce maîtresse de l'intérieur, va manquer du temps de jeu en raison d'une blessure à un pied, ce qui libère des séquences pour Boucard et pour le freshman cinq étoiles Jaimeon Winfield.


Canada, Haïti, et un conseil

Sur ce qu'il représente, sa réponse déborde le cadre attendu.

« Ça représente beaucoup pour moi, juste parce que je sais que de plus en plus, moi et d'autres joueurs, depuis qu'on a la chance de représenter, on va le faire. Moi, à la fin de la journée, je suis canadien et haïtien. Je dois toujours représenter Haïti. Je dois toujours représenter Canada. Puis, comme, je prends vraiment ça à cœur. »

Il porte le maillot cardinal et or avec la même gravité.

« Moi, je prends ça à cœur, parce que à tous les jours, tu dois savoir qu'il y a beaucoup plus de petits jeunes, ou moi-même quand j'étais plus jeune, j'aurais rêvé être où je suis en ce moment. So mon opportunité, je prends ça vraiment à cœur, et j'adore. »

Il enchaîne, sans qu'on le lui demande, sur le diplôme.

« C'est une très bonne université, puis, comme, tu peux savoir que académiquement, ça va t'amener loin. Juste avoir le degré de cette école, ça va t'amener loin. C'est quelque chose que j'ai compris très, très tôt. So en ce moment, j'adore toutes les secondes que je vis en ce moment. » 

Il étudie la communication à USC.

Reste le conseil aux jeunes joueurs québécois, et c'est peut-être le passage le plus révélateur.

« Un gros conseil que je pourrais dire : ton parcours, ou le parcours de quelqu'un d'autre, ne va pas nécessairement dire que ça va marcher pour toi. »

« Faut pas comparer. Les gens ont tendance à comparer, aussi. Ça, ça va pas marcher. Tu restes sur ta propre ligne, tu te concentres sur qu'est-ce qui marche pour toi, et tu continues à faire ça avec beaucoup de discipline, puis tu vas y arriver. »

Venant d'un joueur qui a bâti le sien à contre-courant de tous les modèles disponibles, sans filière balisée, sans famille sur place, sans même une année de jeu à son arrivée, la remarque n'a rien d'une formule toute faite.


La saison des Trojans s'ouvre le samedi 29 août au Los Angeles Memorial Coliseum face à San José State, dans un match de week zero qui marquera aussi les débuts de Gary Patterson comme coordinateur défensif. Classée 14e au niveau national, l'équipe aborde l'exercice avec l'ambition affichée d'aller chercher une place en playoffs.

Sur le terrain, il y aura un jeune homme parti seul de Montréal quelques années plus tôt, aujourd'hui membre à part entière de l'un des programmes les plus chargés d'histoire du football universitaire américain.


Propos recueillis par Rafael Claveau pour NorthSideline Media.

Autres sources : USC Athletics, 247Sports, ESPN, On3, Rivals, Sports Illustrated.


À voir également : retrouvez notre entretien complet avec Floyd Boucard sur la chaîne YouTube de NorthSideline Media.

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