top of page

Dublin, cinquième acte : North Carolina prend sa revanche sur TCU

29 août
6 min de lecture
Les Tar Heels de North Carolina célèbrent leur victoire 15-10 face à TCU à l’Aviva Stadium de Dublin. Crédit photo Sports Press Photo/Alamy
Les Tar Heels de North Carolina célèbrent leur victoire 15-10 face à TCU à l’Aviva Stadium de Dublin. Crédit photo Sports Press Photo/Alamy

Aviva Stadium, Dublin, 29 août 2026. Il n'y a pas eu de field goal à la dernière seconde ni de festival offensif. Il y a eu un ciel bas, un terrain gras, une défense qui étouffe tout, et une victoire 15-10 de North Carolina sur TCU pour ouvrir la saison 2026 du football universitaire américain. Bill Belichick lance son an II sur le banc des Tar Heels en battant l'équipe qui avait humilié ses débuts. Cinq ans de suite que la saison NCAA commence à Dublin, et c'est sans doute le match le plus rugueux, le plus irlandais aussi, de toute la série.


Une revanche en terre celte

Un an plus tôt, à Chapel Hill, TCU avait infligé une correction de 48-14 aux Tar Heels pour les débuts de Bill Belichick à la tête d'un programme universitaire. Le message était clair, et la suite l'avait confirmé : 4-8 pour Carolina, 9-4 pour les Horned Frogs. Douze mois plus tard, le même adversaire, un autre continent, un tout autre visage.

Les Tar Heels disputaient leur premier déplacement international en 136 saisons d'histoire, face à des Horned Frogs eux aussi novices hors des États-Unis et désignés équipe « à domicile » à plus de 7 000 kilomètres de Fort Worth. TCU partait favori de plus d'un touchdown. Le résultat n'a pas suivi le script.


La météo comme troisième équipe

Le contexte comptait autant que le tableau d'affichage. Dublin a offert ce qu'elle offre souvent fin août : ciel bas, environ 15 degrés, une humidité proche de 90 % et de la pluie dans les heures précédant le coup d'envoi sur la pelouse naturelle de l'Aviva. Les conditions ont pesé sur le ballon, sur les appuis, sur la prise de risque. Les trois éditions précédentes du Classic s'étaient toutes conclues sur un total de 45 points exactement. Celle-ci s'est arrêtée à 25.


Aucun des deux quarterbacks n'a lancé de touchdown. Billy Edwards Jr., le transfert du Wisconsin titularisé quelques semaines seulement avant le coup d'envoi, a terminé à 16 passes réussies sur 28 pour 232 yards. En face, Jaden Craig, arrivé de Harvard pour remplacer Josh Hoover, a complété 20 de ses 32 tentatives pour 175 yards. Quatre fumbles au total, dont trois perdus, deux par Carolina et un par TCU, racontent bien la nature de l'après-midi.

Billy Edwards Jr. et l’attaque de North Carolina face à la défense de TCU lors de l’Aer Lingus College Football Classic 2026 à Dublin
Billy Edwards Jr. et l’attaque de North Carolina face à la défense de TCU lors de l’Aer Lingus College Football Classic 2026 à Dublin. Crédit photo: Sports Press Photo/Alamy

Un premier quart-temps ouvert, puis le verrou

Le début de match avait pourtant laissé croire à autre chose. Field goal de 20 yards d'Aeron Burrell après une longue série de dix jeux sur 73 yards, réponse de Kyle Lemmermann de 31 yards, puis un touchdown au sol arraché à bout portant par Jon Denman pour TCU (3-10). Carolina a répliqué immédiatement, avec une conversion sur quatrième essai suivie d'une course de 9 yards de Jaylen McGill : 10-10 après quinze minutes.

Ce fut tout pour les Horned Frogs. Zéro point sur les trois quarts-temps suivants.

Le tournant symbolique arrive au deuxième quart, sur une action de jeu de pied catastrophique de TCU dans sa propre zone d'en-but : safety, 12-10 pour Carolina, et une série de sept jeux pour -15 yards inscrite au procès-verbal. Un nouveau field goal au troisième quart a porté l'écart à 15-10, chiffre final.


La ligne défensive des Tar Heels a fait la différence

C'est là que le match s'est joué. Après la pause, la défense de North Carolina a coupé la ligne de course des Horned Frogs et transformé chaque possession en course d'obstacles. Xavier Lewis a signé une performance de premier ordre, avec 7 plaquages, 2 sacks et 4,5 plaquages pour perte, épaulé par Melkart Abou Jaoude (1 sack, 1 TFL) et par un Derek McDonald omniprésent au deuxième rideau avec 11 plaquages.


Le résultat se lit dans les colonnes de TCU : 39 courses pour 106 yards nets, soit 2,7 de moyenne. Jeremy Payne avait pourtant fait le travail, 142 yards en 25 portés avec une échappée de 48 yards, mais les pertes de terrain concédées derrière la ligne ont mangé tout le bénéfice. Après la mi-temps, les séries des Horned Frogs se sont terminées en fumble, en punt, puis deux fois sur un quatrième essai manqué, dont une ultime tentative de quinze jeux et 66 yards, presque huit minutes de possession, échouée dans le camp adverse.

Côté Carolina, Jelani Thurman (4 réceptions, 94 yards) et Jordan Shipp (5 pour 71) ont fourni l'essentiel du volume aérien, tandis que le jeu au sol restait poussif : 90 yards en 29 courses. Ce n'était pas une démonstration. Mais dans ces conditions, ce n'était pas nécessaire.


Pas de naufrage, mais un signal

TCU n'a pas coulé. Ansel Din-Mbuh (2 sacks, 2,5 TFL) et Max Carroll, auteur de deux récupérations de fumble, ont maintenu leur équipe dans le match jusqu'à la dernière possession. L'attaque de Sonny Dykes, privée du receveur Jordan Dwyer et en pleine transition avec un nouveau coordinateur et un nouveau quarterback, s'est simplement éteinte après le premier quart.


Pour North Carolina, en revanche, le symbole est fort. Deuxième saison de l'ère Belichick, premier match, même adversaire que le désastre inaugural, et une victoire construite sur la défense, la maîtrise des situations courtes et une fin de match sans erreur majeure. Trente-quatre points d'écart il y a un an, cinq points dans l'autre sens aujourd'hui.


Trente-huit ans d'histoire irlandaise

Cette affiche s'inscrit dans une tradition qui a commencé bien avant les sponsors aériens. Tout est parti de 1988 et des célébrations du millénaire de Dublin : l'Emerald Isle Classic, imaginé par Aidan J. Prendergast, ancien président de l'Irish American Football Association, et Jim O'Brien, fut le premier grand match NCAA disputé en Europe. À Lansdowne Road, plus de 42 000 spectateurs virent un Boston College pourtant modeste (2-7) renverser l'Army, 38-24. L'année suivante, Pittsburgh battait Rutgers devant une foule bien plus clairsemée, et l'expérience s'est ensuite étirée sur deux décennies de rendez-vous intermittents.


Le changement d'échelle date de 2012 et du retour de Notre Dame face à Navy à l'Aviva : 15 000 billets écoulés en moins de deux heures, environ 35 000 Américains en déplacement et un impact économique estimé à 100 millions d'euros. Deux ans plus tard, le Croke Park Classic entre Penn State et UCF établissait le record d'affluence toujours en vigueur, 53 304 spectateurs, avec un field goal de Sam Ficken dans les dernières secondes.


Depuis 2016 et l'arrivée d'Aer Lingus comme sponsor-titre, l'événement s'est installé durablement à l'Aviva. Deux dates récentes marquent son basculement : 2024, quand Georgia Tech a renversé Florida State, dixième nation, dans un match accompagné de la toute première diffusion de College GameDay hors des États-Unis et de la première retransmission en clair en Irlande, sur TG4 ; puis 2025, avec Iowa State et Kansas State, premier duel entre deux équipes classées jamais disputé sur l'île.


Un rendez-vous économique autant que sportif

Le gouvernement irlandais considère désormais l'événement comme un rendez-vous fixe du calendrier national. Quelque 14 000 supporters américains étaient attendus cette année, et la semaine dublinoise s'accompagne d'un programme parallèle, universitaire, culturel et économique, bien plus large que les soixante minutes de jeu. Avant 2026, les onze matchs disputés en Irlande avaient attiré 442 580 spectateurs, soit une moyenne supérieure à 40 000. Notre Dame y reste invaincu en trois apparitions. Navy, son adversaire attitré, y a perdu ses trois matchs.


Une deuxième chance pour les fans européens

Nouveauté de 2026 : Dublin n'aura plus le monopole. Le 19 septembre, le Wembley Stadium accueillera le tout premier Union Jack Classic, entre les Kansas Jayhawks et les Arizona State Sun Devils, coup d'envoi à 17 h heure britannique. Ce sera la deuxième rencontre de football universitaire américain disputée en Europe cette saison, la première jamais organisée en Angleterre au niveau FBS, et seulement le deuxième match de college football de l'histoire à Londres.


Il s'agit d'un match officiel de la Big 12, la conférence de TCU, dans le cadre d'un accord pluriannuel voulu par le commissaire Brett Yormark. Pour les supporters du continent, cela signifie deux occasions par saison de voir le produit sur place plutôt qu'à 3 h du matin devant un écran. Le match sera diffusé sur FS1 aux États-Unis et via l'abonnement college de DAZN au Royaume-Uni.


Et après

Les deux équipes profitent du privilège de la semaine zéro : une pause complète avant de reprendre le fil de leur saison le 12 septembre, chacune à domicile et face à un adversaire de division inférieure. North Carolina accueillera East Tennessee State au Kenan Stadium, avant un test autrement sérieux une semaine plus tard sur le terrain de Clemson, puis la réception de Notre Dame le 3 octobre. TCU recevra Grambling State à l'Amon G. Carter Stadium, puis Arkansas State une semaine plus tard, avant de se déplacer chez UCF le 26 septembre pour son entrée en matière contre un adversaire de la Big 12.


Quant à la série irlandaise, elle a déjà son prochain chapitre : le 28 août 2027, Pittsburgh retrouvera Dublin, trente-huit ans après sa victoire sur Rutgers à Lansdowne Road, pour y affronter Wisconsin à l'Aviva Stadium.

Commentaires


©2026 par Northsideline

bottom of page