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Fin hollywoodienne au Coliseum : USC s'impose de justesse face à Washington

3 oct.
7 min de lecture
King Miller (#8) porte le ballon face à la défense de Washington lors de la victoire de USC au Los Angeles Memorial Coliseum
King Miller (#8) porte le ballon face à la défense de Washington lors de la victoire de USC au Los Angeles Memorial Coliseum. Crédit photo : Greg Fiore / Icon Sportswire.

Hollywood Ending au Coliseum

Les collines frappées des neuf lettres blanches du signe Hollywood d'un côté, les tours de la Cité des Anges de l'autre, et au centre, les arches mythiques du Coliseum dominant le United Airlines Field : difficile d'imaginer décor plus cinématographique pour un match de college football. Ce samedi, Los Angeles avait tout d'un plateau de tournage géant, et le scénario promettait d'être à la hauteur. Deux équipes blessées, deux rôles principaux en quête de rédemption : USC sortait d'une défaite face à Oregon, Washington d'un revers contre Minnesota.


Pour les Trojans comme pour les Huskies, le script était le même : gagner, ou voir s'éloigner le rêve des playoffs. Pas de seconde prise possible. Et comme dans tout bon film californien, la lumière était écrasante : 38 degrés au coup d'envoi, une chaleur de western sous le soleil de Californie du Sud, pendant que les basses de Dr. Dre et la voix de 2Pac résonnaient dans les travées, bande originale parfaite d'un après-midi taillé pour le grand écran. Restait à savoir qui repartirait avec le premier rôle, et qui se contenterait du générique de fin.


Un casting en trompe-l'œil

Le premier plan semblait pourtant écrit pour les Trojans. Washington remporte le toss et choisit de recevoir, mais Demond Williams Jr. enchaîne deux courses et une passe ratée sous pression : trois jeux et punt. La défense de USC, qu'on disait en lambeaux depuis les 41 points encaissés face à Oregon, entre en scène avec autorité. En face, King Miller avale 46 yards au sol dès le premier drive, et Jayden Maiava complète ses trois premières passes. La série de 9 jeux et 75 yards cale pourtant aux portes de l'en-but, et Caden Chittenden se charge d'un field goal de 26 yards. 3-0. Un départ solide, comme ces premières minutes de film où l'on installe tranquillement les personnages.


Le deuxième drive des Huskies ressemble au premier : course, course, passe ratée sous la pression. Puis le scénario se fissure. Le retourneur de punt de USC rate sa réception, et les Huskies semblent recouvrer le ballon sur la ligne du yard des Trojans, en position on ne peut plus favorable et contre le sens du jeu. Le Coliseum frissonne, mais l'arbitrage vidéo change la décision : c'est bien un Trojan qui est sur le ballon.


Le mal est pourtant fait : acculés au fond de leur terrain, les Trojans rendent rapidement le ballon, et Washington démarre enfin avec une position favorable. Comme contre Minnesota, la défense de USC empêche Williams de s'échapper sur l'extérieur et garde le contain. Mais le quarterback trouve peu à peu ses marques et convertit un 4e et 7. Les Huskies sortent alors un coup de théâtre digne d'un film de casse : sur une feinte de sweep, le receveur Dezmen Roebuck lève les yeux et lance une passe de 5 yards à son tight end Baron Naone. Touchdown. USC a dominé le premier quart-temps aux yards, mais un retour de punt raté a suffi à offrir l'avantage aux visiteurs : 7-3.

Le Los Angeles Memorial Coliseum au coucher du soleil, avec Downtown Los Angeles en arrière-plan, lors de USC–Washington
Le Los Angeles Memorial Coliseum au coucher du soleil, avec Downtown Los Angeles en arrière-plan, lors de USC–Washington. Crédit photo : NorthSideline.

Le bêtisier des Trojans

Si le deuxième quart-temps devait figurer dans les bonus du DVD, ce serait à la rubrique « bêtisier ». Washington récupère le ballon d'entrée : sous pression, Maiava lance une chandelle que Rylon Dillard-Allen intercepte. La défense de USC tient bon et force les Huskies à dégager. Au quatrième drive, l'attaque trouve enfin son rythme. Maiava connecte avec Zacharyus Williams sur 40 yards, et Waymond Jordan conclut d'une course de 8 yards pour reprendre les devants, 10-7.


Les pénalités se mettent alors à miner chaque effort des Trojans. Un premier down est refusé, puis une passe de touchdown de 37 yards de Maiava est annulée pour holding. Sur l'action suivante, Jacob Manu et Alex McLaughlin sackent le quarterback, et USC doit punter. En défense, même scénario : Luke Wafle plaque Williams pour une perte après une remise ratée, mais l'action est annulée pour un facemask qui relance les Huskies. Le Coliseum retient aussi son souffle quand Jahkeem Stewart reste au sol. Retenez bien ce nom, il reviendra plus tard.


Washington, lui, continue de jouer les illusionnistes. Sur une double passe, Williams lance à Roebuck, qui lui renvoie le ballon, et le quarterback trouve Naone pour 17 yards aux portes de l'en-but. Kade Eldridge termine le travail d'une course d'un yard pour redonner l'avantage aux visiteurs. Une nouvelle pénalité pour conduite antisportive met un terme au drive suivant de USC, à moins d'une minute de la pause.


14-10 à la mi-temps, et un paradoxe : les Huskies n'ont réussi aucune de leurs cinq troisièmes tentatives et n'ont gagné que 44 maigres yards par la passe (133 au total, contre 222 pour USC), mais ils rentrent au vestiaire en tête. Cinq pénalités pour 50 yards et une interception ont coûté cher à USC. Pour la première fois de la saison, Gary Patterson dirigeait sa défense depuis la cabine des coachs plutôt que depuis le bord du terrain. Sa défense, elle, tenait son rôle. Le reste de la distribution, beaucoup moins.


Les Huskies prennent la main

Au retour des vestiaires, rien ne change. Une nouvelle faute antisportive brise le premier drive de USC : les hommes de Lincoln Riley n'aident clairement pas leur cause. Il ne faut alors que deux jeux aux Huskies pour se mettre sur les rails, toujours aussi rusés qu'en début de match. Sur un flea flicker, Williams trouve Naone pour 18 yards. Sur l'action suivante, il envoie son autre tight end, Decker DeGraaf, vers un touchdown de 42 yards au terme d'une course où il casse plusieurs plaquages. 21-10, deux possessions d'avance pour les Purple & Gold. Les tight ends de Washington tiennent les premiers rôles, et les Huskies semblent désormais avoir le scénario entre les mains.


À Hollywood, quand un film part en vrille, on finit toujours par s'en prendre au réalisateur. Des chants « Fire Lincoln ! » descendent alors nettement de la tribune étudiante, écho cruel à une semaine où l'avenir de Riley avait été l'un des sujets brûlants du college football.


L'entrée en scène de Thanos

Mais tout bon blockbuster a besoin d'un retournement, et celui-ci arrive en deux temps. D'abord Maiava, enfin dans son rôle de premier plan, conclut une série de 13 jeux et 75 yards par une passe millimétrée de 10 yards pour Tanook Hines, qui arrache le ballon des mains de son défenseur. La transformation à deux points échoue, mais USC recolle à 21-16.

Puis vient la scène que tout le Coliseum retiendra. Elijah Newby surgit dans le dos de Demond Williams et lui fait lâcher le ballon. Jahkeem Stewart, defensive tackle de 295 livres surnommé « Thanos », le ramasse au milieu d'une poche qui s'effondre et le remonte sur 48 yards jusqu'à la terre promise. C'est le premier touchdown de sa carrière, sous une chaleur écrasante, pour un homme de plus de 130 kilos. Le même joueur qu'on avait vu étendu sur la pelouse avant la pause : un retour que les scénaristes de Marvel n'oseraient pas écrire. La deuxième tentative à deux points échoue à son tour, mais USC passe devant, 22-21.


Le final à suspense

Maiava balance une prière dans le ciel de Los Angeles, Carson Tabaracci la redescend pour 29 yards, et Waymond Jordan arrache un 4e et 1 qui envoie USC dans la zone rouge. L'attaque cale encore, et Caden Chittenden ajoute un field goal de 29 yards : 25-21. Quatre points d'avance, autrement dit rien face à une équipe qui n'a besoin que d'un touchdown.

Et Washington a bien failli écrire sa propre fin. Williams mène une dernière série depuis ses propres 5 yards jusqu'aux 12 yards de USC, en convertissant deux quatrièmes tentatives et un 3e et 11, devant un Coliseum debout à chaque snap. Kameryn Crawford sacke alors Williams sur la troisième tentative. Sur la dernière, la passe du quarterback vers Roebuck, lancée dans une double couverture au fond de l'en-but, retombe incomplète à 39 secondes de la fin. Rideau.


Générique de fin

Devant 59 136 spectateurs, Maiava termine à 21 passes complétées sur 34 pour 245 yards, un touchdown et une interception. Zacharyus Williams est son meilleur receveur (4 réceptions, 78 yards), et King Miller mène le jeu au sol avec 81 yards en 18 courses. En face, Williams Jr. signe 15 sur 26 pour 198 yards et un touchdown, Brian Bonner Jr. court 89 yards et Chris Lawson capte 5 ballons pour 82 yards. USC domine aux yards (360 contre 319) et garde le ballon près de 35 minutes, mais se tire encore une balle dans le pied avec 9 pénalités pour 94 yards. Washington, lui, ne convertit qu'une seule troisième tentative sur douze.


Les Trojans ont inscrit les 15 derniers points du match pour signer leur première victoire sur les Huskies depuis 2016, et la première à domicile face à eux depuis 2011.

Washington a perdu ses deux derniers matchs par un total cumulé de sept points.

Ce n'est pas un chef-d'œuvre. Plutôt une série B pleine de faux raccords, sauvée par un twist magistral et une défense enfin à la hauteur du casting. USC remonte à 5-1 (2-1 en Big Ten), Washington tombe à 3-2 (0-2). Les Trojans se déplacent à Penn State le 10 octobre pour le traditionnel « white out », à mille lieues des palmiers de Californie, pendant que les Huskies reçoivent Iowa vendredi soir.


En attendant, la nuit était tombée sur Exposition Park, les lettres du signe Hollywood s'étaient effacées dans l'obscurité, et les basses de la côte Ouest pouvaient de nouveau résonner dans les travées. Pour un soir, Los Angeles tenait sa fin hollywoodienne.


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