La SEC règne sur les classements. Mais peut-elle retrouver le trône ?

Dix équipes classées, trois dans le top 4, College GameDay qui campe sur ses campus… Jamais la SEC n'a paru aussi dominante. Pourtant, le trophée national lui échappe depuis la saison 2022. Et si sa plus grande force était aussi ce qui l'empêche de régner ?
Une conférence qui déborde
Il suffit d'un coup d'œil au classement AP publié dimanche pour comprendre pourquoi les fans de la Big Ten grincent des dents. La SEC y place 10 équipes, un exploit que la conférence n'a réalisé que sept fois dans l'histoire du sondage en saison régulière.
Texas est n°1, Georgia n°2, Ole Miss n°4, suivies d'Alabama (8e), LSU (10e), Tennessee (14e), Missouri (19e), Florida (21e), Texas A&M (23e) et Mississippi State (24e). La Big Ten, elle, se contente de sept représentantes. La Big 12 et l'ACC regardent le spectacle de loin.
Et comme si ça ne suffisait pas, College GameDay poursuit sa tournée du Sud. Après Baton Rouge, Austin et Oxford, l'émission d'ESPN pose ses caméras à Knoxville cette semaine. Sur les réseaux, la grogne monte : des fans accusent l'émission d'être devenue la vitrine exclusive de la SEC, au point que plus aucune autre conférence n'aurait droit à la grande scène.
À première vue, la question est réglée : la SEC écrase tout. Sauf qu'il y a un détail gênant.
Le trône est vide
Le dernier champion national issu de la SEC, c'est Georgia, sacrée en janvier 2023 au terme de la saison 2022. Depuis, le titre a pris la direction du Midwest trois fois de suite. Michigan d'abord, puis Ohio State, victorieuse de Notre Dame 34-23 en janvier 2025, et enfin Indiana, qui a bouclé l'an dernier une saison parfaite à 16-0 en battant Miami 27-21 en finale. Trois titres, trois équipes de la Big Ten.
Pour une conférence qui avait aligné quatre sacres consécutifs entre 2019 et 2022, avec LSU, Alabama puis deux fois Georgia, c'est une éternité. Et la dernière campagne a été particulièrement cruelle : Georgia est tombée dès les quarts de finale, et Ole Miss a vu son rêve s'arrêter en demi-finale. Les Hurricanes l'ont emporté 31-27 grâce à un touchdown au sol de Carson Beck à 18 secondes de la fin.
Voilà le paradoxe de la SEC. Elle domine septembre, octobre et novembre. La Big Ten, elle, domine janvier.
Un samedi qui résume tout
Pour comprendre ce paradoxe, il suffit de revoir le dernier week-end. En un seul samedi, la SEC a montré à la fois sa richesse extraordinaire et le piège qu'elle se tend peut-être à elle-même.
Commençons par Alabama. On pensait que la Crimson Tide avait tourné la page de l'humiliation de l'an dernier, quand Florida State l'avait surprise 31-17 en ouverture de saison. Cette fois, les Seminoles ont encore fait trembler Tuscaloosa. Alabama a dû remonter un déficit de 15 points pour finalement s'imposer 50-36, dans un match interrompu à deux reprises par des orages. C'est le jeune quarterback Keelon Russell qui a sauvé la mise : 320 yards à la passe, trois touchdowns aériens et un autre au sol. Une victoire, oui, mais une frayeur que personne n'avait vue venir face à une équipe de l'ACC à 1-2.
À l'inverse, Ole Miss n'a jamais perdu son sang-froid face à LSU. Dans une ambiance électrique pour le retour de Lane Kiffin à Oxford, les Rebels ont pris le match à la gorge d'entrée avec une avance de 17-0. Ils ont ensuite vu LSU revenir de 24-7 à 24-24, avant de reprendre le contrôle dans les dernières minutes pour l'emporter 32-24. Au cœur de cette démonstration, un homme : Trinidad Chambliss. Resté à Oxford quand son ancien entraîneur est parti chez l'ennemi, il a porté une attaque animée par un esprit de revanche et relancé les Rebels dans la course au titre de la SEC.
Considéré aujourd'hui comme le favori au trophée Heisman, Chambliss n'a visiblement aucune intention de s'arrêter en si bon chemin.
Il y a aussi Mississippi State. Pendant des années, un match contre les Bulldogs ressemblait presque à une victoire garantie pour les ténors de la conférence. Ce n'est plus du tout le cas, et le prodige local Kamario Taylor y est pour beaucoup. Face à South Carolina, Mississippi State a effacé un retard de 16 points pour l'emporter 41-34. Résultat : une première apparition dans le Top 25 depuis 2022. Starkville redevient un déplacement que plus personne n'aborde à la légère.
Florida reprend des couleurs sous son nouvel entraîneur Jon Sumrall : les Gators sont allés gagner 44-39 à Auburn et affichent un bilan de 3-0.
Et puis il y a le coup de tonnerre de la semaine : Kentucky, qui n'était même pas classée, est allée gagner 31-21 au Kyle Field. Texas A&M a chuté de la 9e à la 23e place, la plus grosse dégringolade du classement.
Faites le compte : en un seul samedi, deux équipes du top 10 sont tombées, une géante a failli trébucher, et deux programmes qu'on croyait endormis se sont réveillés. Dans n'importe quelle autre conférence, ce serait une semaine folle. Dans la SEC, c'est un samedi ordinaire.
Le cannibalisme, ou la malédiction de la profondeur ?
Et si ce qui fait la force de la SEC dans les classements contribuait aussi à la fragiliser en phase finale ?
Quand dix équipes classées s'affrontent entre elles pendant deux mois, quelqu'un doit perdre. Et chacune paie probablement un prix physique. Il n'existe plus vraiment de semaine de repos dans cette conférence : Mississippi State n'est plus une formalité, Florida non plus, et Kentucky vient de prouver qu'elle peut gagner n'importe où. Chaque samedi ressemble à un combat de rue. Le risque est évident : voir les meilleures équipes de la SEC arriver en décembre usées, cabossées, avec des titulaires diminués et parfois une ou deux défaites qui compliquent leur chemin.
Il y aura du cannibalisme, c'est certain. La SEC n'a jamais paru aussi relevée, et elle va se dévorer de l'intérieur jusqu'à la fin novembre.
Avec l'ancien format à quatre équipes, cette guerre d'usure avait au moins une utilité : elle prouvait au comité que la championne de la SEC était la plus aguerrie du pays.
Le format à 12 équipes a changé la donne. Aujourd'hui, avoir survécu au calendrier le plus difficile compte moins qu'arriver en janvier frais et au sommet de sa forme. Ohio State a remporté le titre malgré un passage par le premier tour, et Indiana a pleinement profité de sa place de tête de série n°1.
Les deux derniers playoffs ont en tout cas montré que les meilleures équipes de la Big Ten possèdent désormais la profondeur nécessaire pour traverser un tournoi prolongé. La SEC, elle, n'a pas encore trouvé la formule dans ce nouveau format.
Qui peut ramener la couronne dans le Sud ?
Alors, la SEC peut-elle retrouver le trône cette saison ? Oui. Mais il lui faudra une équipe capable de survivre à sa propre conférence. Quatre prétendantes se dégagent.
Texas apparaît comme l'un des candidats les plus évidents. Les Longhorns ont renversé Ohio State, alors n°1, en s'imposant 24-23, et trônent désormais au sommet du classement. Mais leur dernière sortie a de quoi inquiéter. Contre UTSA, Arch Manning n'a complété que 16 passes sur 32 pour 161 yards en encaissant plusieurs gros impacts, et son équipe a écopé de huit pénalités pour 88 yards. À Knoxville, face à Tennessee, ce genre d'imprécisions pourrait coûter beaucoup plus cher.
Georgia reste Georgia : n°2, invaincue et habituée aux grands rendez-vous. Son vrai test arrivera en octobre, avec notamment un déplacement à Tuscaloosa le 10 octobre pour retrouver Alabama dans une revanche de la dernière finale de la SEC.
Ole Miss est l'histoire la plus romanesque de la saison. Éliminée à 18 secondes de la finale l'an dernier, abandonnée par son entraîneur, elle vient de lui infliger une défaite cinglante sous les yeux de tout le pays. Avec le favori au Heisman sous le centre, les Rebels ont peut-être la meilleure arme individuelle de la conférence.
Alabama, enfin, reste tapie dans l'ombre. La frayeur contre Florida State a révélé des failles défensives, mais aussi un quarterback capable de porter son équipe dans l'adversité. Et on le sait, la Crimson Tide adore aborder novembre quand personne ne parle d'elle.
Samedi, premier verdict à Knoxville
C'est pour ça que Texas–Tennessee compte bien plus qu'un simple match de septembre. Ce sera la première rencontre entre les deux programmes depuis 1968, la première en tant que membres de la SEC, et la toute première visite des Longhorns au Neyland Stadium. Si Texas passe sans trembler devant plus de 100 000 spectateurs, le discours sur un n°1 fragile s'éteindra. Si Tennessee l'emporte, la SEC aura une fois de plus dévoré l'une des siennes.
La semaine prochaine, GameDay devrait enfin quitter le Sud. Ohio State à Iowa tient la corde, à condition que les Hawkeyes, invaincus, battent Michigan ce week-end. Tout un symbole : même quand la SEC règne sur les classements, le regard du pays finit toujours par revenir vers le Nord.
La vérité, c'est que la SEC n'a jamais manqué de talent. Ce qui lui a manqué ces trois dernières saisons, c'est une championne encore debout en janvier. Cette année, avec une conférence plus relevée que jamais, la sélection naturelle sera impitoyable. L'équipe qui sortira de cette guerre d'usure encore debout pourrait bien ramener dans le Sud une couronne que la SEC n'a plus portée depuis 2022.





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