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Le college football à Wembley : 46 523 spectateurs et un marché encore à construire

20 sept.
4 min de lecture
Les Sun Devils d’Arizona State font leur entrée sur la pelouse de Wembley avant le Union Jack Classic face à Kansas
Les Sun Devils d’Arizona State font leur entrée sur la pelouse de Wembley avant le Union Jack Classic face à Kansas. Crédit photo : Alex Bertrand

Londres. Kansas et Arizona State sont entrés dans l'histoire samedi en disputant le premier match de football universitaire entre deux programmes FBS jamais organisé au Royaume-Uni, dans l'enceinte de Wembley. Les Sun Devils se sont imposés 24 à 17, mais c'est surtout le chiffre d'affluence qui a fait parler.


46 523 spectateurs, loin de l'objectif

L'affluence annoncée pour cette première édition de l'Union Jack Classic a été de 46 523 spectateurs, un chiffre inférieur aux quelque 60 000 fans espérés par les organisateurs.

L'écart avec l'objectif s'est vu à l'œil nu. Tout l'étage supérieur de Wembley est resté vide, illustrant la difficulté à remplir la plus grande enceinte du Royaume-Uni.

Certains supporters britanniques avaient d'ailleurs été prévenus par e-mail deux semaines avant la rencontre qu'ils seraient surclassés vers les tribunes basses. « Ils galèrent à vendre en haut, alors ils ont fait descendre les gens », résumait Paul Goldsack, venu avec son fils adolescent. Le stade affiche une capacité de 86 000 places en configuration football américain : le taux de remplissage plafonne donc autour de 54 %.


15 000 supporters venus des États-Unis

Environ 15 000 supporters ont fait le déplacement depuis les États-Unis, selon la BBC : 9 000 derrière Arizona State et 6 000 pour Kansas. Ils représentaient ainsi près d'un tiers des 46 523 spectateurs présents à Wembley.


Le contingent américain a donc répondu présent. Arizona State avait d'ailleurs écoulé son quota initial de 6 000 billets avant d'obtenir une rallonge portant le total à 9 000. Avec un objectif initial fixé autour de 60 000 spectateurs, l'écart avec l'affluence finale semble donc davantage provenir des ventes réalisées au Royaume-Uni que des supporters ayant traversé l'Atlantique.

Des supporters d’Arizona State aux couleurs des Sun Devils avant l’Union Jack Classic à Wembley
Des supporters d’Arizona State aux couleurs des Sun Devils avant l’Union Jack Classic à Wembley. Crédit photo : Alex Bertrand

Le match : Arizona State gagne sans le ballon

Statistiquement, ce sont les Jayhawks qui ont dominé : 414 yards gagnés contre 228, 22 premiers essais contre 13, et une moyenne de 5,6 yards par action contre 3,5. Mais Kansas a perdu trois ballons (deux fumbles, une interception) quand Arizona State n'en a concédé aucun.

Arizona State à l’attaque face à Kansas au stade de Wembley
Arizona State à l’attaque face à Kansas au stade de Wembley. Crédit photo : Alex Bertrand

Les unités spéciales ont joué un rôle décisif. Les deux touchdowns les plus spectaculaires sont venus de retours : un punt return de 72 yards de Tate Nagy pour Kansas au 2e quart-temps, puis un retour de kickoff de 100 yards de Jaren Hamilton dès la reprise, qui a fait basculer la rencontre. Le quarterback des Sun Devils C. Boley a ajouté une passe de touchdown de 25 yards pour R. Harris et un touchdown au sol d'un yard. Kansas est revenu à 24 à 17 grâce à une passe de 38 yards d'Isaiah Marshall vers Nagy et un field goal de 46 yards, sans parvenir à égaliser.


Deux rendez-vous européens en une saison : l'aubaine des fans locaux

C'est le point positif, et il n'est pas mince. Les amateurs européens de football universitaire ont eu droit cette saison à deux rendez-vous sur leur continent. Le 29 août à Dublin d'abord, où TCU affrontait North Carolina à l'Aviva Stadium pour l'ouverture de la saison, avec en prime le lancement de la deuxième saison de Bill Belichick sur un banc universitaire.


Puis Londres, trois semaines plus tard. Pour un fan basé à Paris, Berlin ou Madrid, c'est un vol d'une heure et un week-end au lieu d'un billet transatlantique, d'une autorisation ESTA et d'une semaine de congés : l'accès à une expérience jusqu'ici réservée à ceux qui pouvaient se payer le voyage aux États-Unis.

Ce public existe, d'ailleurs : des supporters de pas moins de 35 pays ont acheté des billets pour le match de samedi. Et Dublin prouve que le modèle peut s'installer. Le match 2025 entre Kansas State et Iowa State s'était joué à guichets fermés, pour un impact économique estimé à 132 millions d'euros, et la série vient d'être prolongée jusqu'en 2028, avec Pittsburgh contre Wisconsin déjà programmé en 2027.

Wembley a accueilli la première édition du Union Jack Classic
Wembley a accueilli la première édition du Union Jack Classic. Crédit photo : Alex Bertrand

Le vrai débat : exportable, vraiment ?

Reste la question de fond, celle que ces 46 523 spectateurs posent en creux.

La NFL s'exporte depuis bientôt vingt ans à Londres avec une armada de stars mondialement identifiables et un produit standardisé. Le football universitaire, lui, vend exactement l'inverse. Son carburant, ce sont des rivalités centenaires, des campus, des villes qui vivent au rythme d'une équipe, bref, tout ce qui par définition ne rentre pas dans une soute d'avion. Les fanfares de Kansas et d'Arizona State ont fait le déplacement et ont tenu l'ambiance tout l'après-midi, mais un samedi à Wembley, sans tailgate dans les parkings de Lawrence ni étudiants massés depuis l'aube, ne peut reproduire l'expérience d'un samedi d'automne dans le Midwest.


Et le coût est réel. Le match comptait comme une réception pour Kansas, qui a donc sacrifié une date à domicile, compensée par 2,7 millions de dollars et des frais de déplacement intégralement pris en charge. Les Jayhawks ont choisi 2026 précisément parce que la capacité de leur David Booth Kansas Memorial Stadium est réduite par des travaux, ce qui rendait le sacrifice plus acceptable cette année-là. La vraie question est de savoir si un programme au stade plein acceptera un jour le même marché, et si le public britannique, qui connaît les Chiefs ou les Eagles mais pas les Sun Devils, viendra sans la promesse d'une superstar sur le terrain.


Une stratégie de long terme

Le projet, lui, s'inscrit dans la durée. Brett Yormark, commissaire de la Big 12, veut poursuivre l'expérience et les organisateurs de l'Union Jack Classic ont signé un accord pluriannuel avec Wembley. D'autres programmes de la conférence seraient déjà intéressés, et une annonce concernant l'édition 2027 est attendue dans les prochains mois.


Wembley n'a donc pas démontré que le college football pouvait reproduire son modèle américain en Europe. Il a en revanche montré qu'un public existe. Reste désormais à savoir s'il est suffisamment nombreux pour faire de Londres autre chose qu'une destination exceptionnelle.

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