Le Snap du dimanche : semaine 15 de la LCF 2026

Quatre matchs, une seule journée, et un samedi qui a redessiné la moitié du classement.
Pour la première fois de la saison, la ligue a tout condensé en un quadruple programme du samedi. Le point d'orgue est venu de Vancouver, où les Lions ont rendu la monnaie de leur pièce aux Alouettes dans un match hargneux, précédé d'une cérémonie qui a fait remonter deux légendes de la franchise sur le terrain. Edmonton a écrasé Calgary et validé son billet pour les playoffs, une première depuis 2019. Winnipeg a étouffé la Saskatchewan au Banjo Bowl et récupéré le tiebreaker de la série. Et Toronto a arraché sa victoire sur le tout dernier jeu contre des Redblacks qui méritaient mieux.
Hamilton était au repos.
Lions de la Colombie-Britannique 48, Alouettes de Montréal 29
BC Place, Vancouver (23 380 spectateurs)
Sept jours après s'être fait battre à Montréal, les Lions ont livré leur match le plus complet de la saison. Et le plus hargneux.
Nathan Rourke a cumulé 394 yards au total : 317 à la passe avec un touchdown, 77 à la course avec un autre touchdown. Surtout, aucune interception, une première depuis le match d'ouverture. Sa course à 35 secondes de la pause, où il a piqué vers le pylône avant d'être poussé en touche, a été le jeu de la soirée.
La Colombie-Britannique a filé à 17-0 en début de deuxième quart-temps. Un field goal de 35 yards de Sean Whyte, puis un challenge gagnant de Buck Pierce : ce qui ressemblait à une interception de Tyrice Beverette dans l'end zone est devenu une pénalité pour interférence contre Lorenzo Burns et un first down sur la ligne d'un yard, que Zander Horvath a conclu. Quelques secondes après le début du deuxième quart-temps, le defensive tackle Casey Sayles a abandonné son rush, cueilli une passe courte de Davis Alexander et couru 43 yards jusqu'à l'end zone — première interception et premier touchdown de sa carrière. Cette interception a aussi mis fin à une série de 108 tentatives sans ballon perdu pour le quarterback montréalais.
Montréal n'a pas plié. Alexander a trouvé Tyson Philpot sur 26 yards, puis Beverette a sacké Rourke et provoqué un fumble que Mustafa Johnson a rapporté dans l'end zone. Rourke a répliqué vers Keon Hatcher Sr., Alexander a répondu par une longue passe à Tyler Snead, et les Alouettes n'accusaient plus que quatre points de retard. La course de Rourke et un field goal de 25 yards de Jose Maltos Diaz à cinq secondes de la pause ont fixé la marque à 31-23.
La seconde mi-temps a appartenu à Horvath. Deux nouvelles plongées, dont la dernière à moins de cinq minutes de la fin, pour un troisième touchdown dans la rencontre. Il en est à 16 touchdowns à la course et 19 au total cette saison, quatre de moins que le record de Milt Stegall — avec cinq matchs à jouer.
Hatcher a terminé avec neuf réceptions pour 137 yards et un touchdown, dominant un match qui réunissait pourtant une bonne partie de l'élite des receveurs de la ligue. Alexander a fini à 242 yards, deux touchdowns et une interception.
Phillips et Lulay au Mur de la renommée
À la mi-temps, les Lions ont intronisé deux des plus grandes figures de leur histoire récente à leur Mur de la renommée : le défenseur Ryan Phillips et le quarterback Travis Lulay.
Phillips, l'un des meilleurs chasseurs de ballon que la ligue ait connus, a traversé près de vingt ans de football à Vancouver, comme joueur puis comme entraîneur, en faisant le lien entre plusieurs générations de défenses. Lulay, lui, incarne l'autre versant : titre de meilleur joueur de la ligue, Coupe Grey remportée, et une fin de carrière minée par les blessures qui restera l'un des grands « et si » du football canadien.
Rourke, qui a grandi en regardant Lulay diriger cette équipe, n'a pas caché son émotion au moment de le rencontrer avant le match. Il a hésité entre le prénom et le « Monsieur Lulay » de rigueur, et a fini par bafouiller un mélange des deux. À 42 ans, Lulay produit toujours cet effet-là sur le meilleur quarterback canadien de sa génération.
Le reste du procès-verbal
Car pour le reste, cette rencontre tenait davantage du rapport d'incident que de la feuille de match. Mathieu Betts, dont le duel verbal avec Alexander avait alimenté toute la semaine, a sacké le quarterback très tôt, puis s'est vu infliger une pénalité pour horse collar signalée depuis le centre de reprise vidéo — un geste qu'Alexander a qualifié en termes peu flatteurs après la rencontre. Le Québécois a finalement été exclu au quatrième quart-temps avec une pénalité de 25 yards.
Au troisième quart-temps, une bagarre générale a éclaté après que Cristophe Beaulieu, de retour au jeu après une rupture des ligaments croisés, eut été percuté en retard par Philpot le long de la ligne de touche. Ronald Kent Jr. s'est chargé de venger son coéquipier sur Philpot, Tyler Snead s'est chargé de Kent, et à peu près tout le monde s'est mêlé au débat. Les trois ont été pénalisés, aucun n'a été exclu.
Montréal a aussi perdu son returner DeVonte Dedmon, violemment retombé sur ses jambes après un contact sur un kickoff au troisième quart-temps et évacué sur un brancard.
Les Lions entament leur dernière semaine de repos de la saison à la troisième place de l'Ouest, à un match de la Saskatchewan qu'ils recevront le 25 septembre. Les Alouettes, eux, se déplacent à Hamilton vendredi.
Bilan : Colombie-Britannique 7-6 | Montréal 10-3
Elks d'Edmonton 53, Stampeders de Calgary 16
Commonwealth Stadium, Edmonton (31 531 spectateurs)
La plus longue disette de playoffs de l'histoire du football à Edmonton est terminée.
Avec une quatrième victoire de suite, les Elks ont officiellement validé leur billet pour la phase finale, une première depuis 2019. Et ils ne l'ont pas fait à moitié : c'était seulement la cinquième fois dans l'histoire de la franchise qu'Edmonton inscrivait 50 points ou plus contre Calgary, la dernière remontant à 1991.
Cody Fajardo a lancé pour 232 yards et trois touchdowns, portant son total à 23 passes de touchdown cette saison, cinq de plus que son record personnel de 18. Joe Robustelli en a capté deux.
Le match a pourtant commencé serré. Nick Anderson a intercepté Vernon Adams Jr. dès la deuxième possession des Stampeders, ce qui a mené à un field goal de 32 yards de Vincent Blanchard. Calgary a répondu grâce à une longue pénalité pour interférence de passe suivie d'une passe de 13 yards d'Adams vers Erik Brooks. Un long retour d'interception de Tyrell Ford a ramené Edmonton à portée, Blanchard convertissant de 42 yards.
Puis les Elks ont pris les commandes pour de bon : une grosse passe de Fajardo vers le rookie ShunDerrick Powell a préparé une plongée d'un yard du troisième quarterback Cole Snyder, et Robustelli a capté un touchdown de 22 yards à une minute de la pause. Rene Paredes a réduit l'écart de 38 yards avant la mi-temps, 19-10.
La seconde période a été à sens unique. Joshua Cephus a capté un touchdown de 35 yards, Blanchard a ajouté 26 yards, puis Silas Hubert a contré un punt dans l'end zone et récupéré le ballon lui-même pour le touchdown défensif : 36-13. Calgary a perdu le ballon sur sa propre ligne des 46 à la possession suivante, Fajardo a trouvé Robustelli sur 18 yards, et le remplaçant Taylor Powell a même eu le temps de rejoindre Zach Mathis sur 15 yards au quatrième quart-temps.
Seule ombre au tableau pour les vainqueurs : le running back Justin Rankin a quitté la rencontre en première mi-temps et n'est pas revenu. Fajardo a lui-même évoqué une soirée où il a fallu remanier l'effectif en permanence.
Deux notes côté Calgary : Paredes a disputé son 250e match de saison régulière en carrière, et Reggie Begelton a enfin rechaussé les crampons, son premier match depuis le 14 juin 2025. Pour le reste, Dave Dickenson n'a pas cherché d'excuse — son équipe a été battue partout. Les Stampeders ont perdu deux matchs de suite et restent derniers de l'Ouest.
Edmonton se déplace à Toronto samedi ; Calgary reçoit Ottawa.
Bilan : Edmonton 10-3 | Calgary 5-8
Blue Bombers de Winnipeg 19, Roughriders de la Saskatchewan 6
Princess Auto Stadium, Winnipeg
Une semaine après avoir perdu le Labour Day Classic en prolongation, Winnipeg a réglé la question dans l'autre sens : sans le moindre suspense.
Le retour de Redha Kramdi a tout changé. Absent six matchs à cause d'une fracture à la main gauche, le safety a provoqué un fumble au premier quart-temps alors que la Saskatchewan menaçait, puis intercepté Trevor Harris au quatrième pour sceller l'affaire. Willie Jefferson et Mike O'Shea ont tous deux insisté après la rencontre sur son rôle de cerveau de la défense.
La statistique qui résume le match : quatre sur vingt-deux en second down pour les Roughriders. L'équipe qui menait la ligue avec 54,4 % de réussite n'a jamais pu enchaîner deux jeux. La secondaire de Winnipeg — Williams, Vaval, Nichols, Kramdi, Holm, Texada — a collé aux receveurs toute la rencontre, et Harris a terminé à 24 passes réussies sur 45 pour 231 yards et une interception, avec une seule réception de plus de 20 yards, obtenue sur un flea flicker vers Dhel Duncan-Busby (sept prises, 80 yards).
Les ballons perdus ont fait le reste. D'Sean Mimbs a fumblé pour le deuxième match consécutif, cette fois sur un coup de Kramdi récupéré par Evan Holm. KeeSean Johnson a subi le même sort au troisième quart-temps, Deatrick Nichols délogeant le ballon sur ce qui semblait être une réception assurée. Privée de Samuel Emilus et de Kian Schaffer-Baker, l'attaque verte et blanche n'avait aucune marge d'erreur.
Winnipeg n'a pas eu besoin d'en faire beaucoup. Zach Collaros a trouvé Tommy Nield sur 30 yards au deuxième quart-temps — premier touchdown de la saison pour l'ancien des Roughriders — et Sergio Castillo a ajouté quatre field goals, de 31, 45, 44 et 36 yards. C'est tout. Ça a suffi.
Le quarterback des Bombers a toutefois payé le prix : il a encaissé quatre des cinq sacks des visiteurs avant de quitter la rencontre avant la fin du troisième quart-temps, blessure non précisée, après 13 passes réussies sur 19 pour 175 yards, un touchdown et deux interceptions. Dru Brown a fermé le livre sans dommage (quatre sur cinq, 46 yards).
Brady Oliveira, limité à 28 yards une semaine plus tôt, a répondu avec 100 yards en 14 courses. Il devient au passage le premier Canadien de l'histoire de la LCF à signer cinq saisons consécutives à plus de 1 000 yards à la course.
À noter côté Roughriders : Seyi Oladipo Jr. a réussi la première interception de sa carrière, un retour de 37 yards qui a mené à un field goal, et termine la double confrontation avec neuf tacles, deux sacks, deux passes déviées et un ballon volé. Corey Mace a par ailleurs troqué Alex Hale contre le Canadien Dawson Hodge, produit de Wilfrid Laurier originaire de Coquitlam, qui a réussi ses deux tentatives pour son premier match dans la ligue.
La série de la saison se termine à égalité, un partout, mais Winnipeg remporte le tiebreaker grâce à la différence de points sur les deux rencontres. Si les deux équipes terminent avec le même bilan, cela coûtera cher.
Bilan : Saskatchewan 8-5 | Winnipeg 7-6
Argonauts de Toronto 26, Redblacks d'Ottawa 23
BMO Field, Toronto (12 494 spectateurs)
Les Argonauts étaient favoris de 10,5 points, l'un des écarts les plus prononcés de la saison. Ils ont gagné sur un field goal au son de la sirène.
Lirim Hajrullahu a converti de 29 yards alors que le chrono tombait à zéro, pour un quatre sur quatre sur la journée — et ce, après s'être fait contrer une transformation plus tôt dans la rencontre. Le vétéran de 36 ans, très irrégulier en début d'année puis absent cinq matchs, avait déjà offert une fin de match identique aux siens presque jour pour jour l'an dernier, contre Edmonton.
Le reste de l'après-midi a été nettement moins net. Toronto a terminé avec 277 yards d'attaque nette de plus que son adversaire et n'a jamais réussi à s'échapper. Zéro sur quatre dans la red zone en première mi-temps : Chad Kelly lui-même a qualifié la statistique de catastrophique après la rencontre.
Kelly a d'ailleurs offert deux interceptions à King Ambers, natif de Pickering, toutes deux en début de match. Il s'est repris avec autorité : 35 passes réussies sur 43 pour 443 yards et deux touchdowns. Il en est à 4 404 yards à la passe cette saison, ce qui efface son record personnel de 4 123 yards établi en 2023, l'année de son titre de meilleur joueur de la ligue.
David Ungerer III a été l'homme de la journée avec sept réceptions pour 175 yards et un touchdown, dont un jeu de 85 yards qui a réveillé l'attaque torontoise. C'était son premier match à plus de 100 yards depuis 2024 — déjà contre Ottawa. Tyler Kahmann a ajouté huit réceptions pour 105 yards, son quatrième match à plus de 100 yards cette année, et sa prise en fin de match a évité la prolongation aux siens. Au sol, Isaiah Smith (15 courses, 84 yards) et Qualan Jones (trois courses, 18 yards) se sont partagé la charge.
Du côté d'Ottawa, le head coach Ryan Dinwiddie a fini par bouger au poste de quarterback. Jake Maier a été sorti au deuxième quart-temps après sept passes réussies sur dix pour 42 misérables yards, et McLeod Bethel-Thompson a terminé la rencontre à 16 sur 23 pour 192 yards et un touchdown.
Les Redblacks ont eu la victoire au bout des doigts. Un retour de punt de 88 yards de Kalil Pimpleton leur a donné le ballon sur la ligne des 17 de Toronto en fin de quatrième quart-temps ; l'attaque n'en a tiré qu'un field goal égalisateur, 23-23. En récupérant le ballon en territoire adverse quelques minutes plus tard, Bethel-Thompson s'est fait sacker par Ralph Holley. Toronto a ensuite pris le contrôle : douze jeux, 74 yards, et le field goal de la gagne.
Le contexte historique est écrasant. Ottawa vient de subir une 18e défaite de suite, la plus longue série de l'ère moderne de la LCF, et n'a plus gagné depuis le 3 septembre 2025 — contre la Colombie-Britannique, d'un point. Dinwiddie non plus n'a plus connu la victoire depuis un an : son dernier succès remonte au 13 septembre 2025, à la tête des Argonauts. Seuls les Rough Riders d'Ottawa, avec 25 défaites consécutives entre 1928 et 1932, ont fait pire dans le football professionnel canadien. Les Redblacks deviennent aussi la quatrième équipe de l'histoire de la ligue à démarrer une saison par douze défaites, après les Tiger-Cats en 2003, les Roughriders en 1979 et les Pirates de Shreveport en 1994. Aucune franchise n'a jamais terminé une saison sans la moindre victoire.
Toronto reste invaincu à BMO Field cette saison et porte son avance à trois matchs sur Hamilton dans la course à la deuxième place de l'Est. Les Argonauts reçoivent Edmonton samedi prochain.
Bilan : Toronto 7-6 | Ottawa 0-12
L'état des lieux après 15 journées
À l'Ouest, Edmonton (10-3) n'est plus seulement premier : les Elks sont qualifiés, et ils l'ont fait en inscrivant 53 points. La Saskatchewan (8-5) conserve la deuxième place, mais sort de deux matchs où son attaque a été méconnaissable et voit désormais deux équipes à 7-6 dans son rétroviseur.
Les BC Lions occupent le troisième rang, Winnipeg suit avec le même bilan et un tiebreaker en poche contre les Roughriders. Calgary (5-8) ferme la marche avec deux défaites consécutives et une deuxième correction en huit jours contre le même adversaire.
À l'Est, la mécanique est plus simple. Montréal (10-3) reste largement en tête malgré une soirée difficile à Vancouver et a déjà sa place en playoffs. Toronto (7-6) repasse au-dessus des 50 % de victoires et compte trois matchs d'avance sur Hamilton (4-9), au repos cette semaine, ce qui rend le repêchage d'une équipe de l'Ouest de plus en plus probable pour le dernier billet de la division.
Ottawa (0-12) poursuit sa descente dans les livres d'histoire.
Le fil conducteur du week-end : les quatre équipes qui recevaient ont toutes gagné. Trois d'entre elles l'ont fait confortablement. Une seule a eu besoin de la dernière seconde.





Commentaires