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Plus rien n’est à sa place dans le college football

1 sept.
7 min de lecture
Bill Belichick sur la ligne de touche lors du match entre North Carolina et TCU à l’Aviva Stadium de Dublin, le 29 août 2026
Bill Belichick sur la ligne de touche lors du match entre North Carolina et TCU à l’Aviva Stadium de Dublin, le 29 août 2026. Crédit photo : Peter Fitzpatrick/Action Plus/Icon Sportswire.

Il y a une image de samedi dernier qui résume mieux la saison qui commence que n'importe quel classement de présaison. Bill Belichick, 74 ans, huit bagues du Super Bowl, debout sur une sideline à Dublin, en train de crier ses couvertures défensives lui-même parce que son fils Steve, le coordinateur défensif, est en arrêt maladie. Il n'avait plus appelé la défense depuis son passage chez les Patriots. North Carolina a battu TCU 15-10, un match laid, un match de tranchées, et Belichick a laissé échapper une émotion qu'on ne lui avait jamais vue quand les Horned Frogs se sont fait siffler un hors-jeu sur un quatrième et un.

Voilà où en est ce sport. Le plus grand coach de l'histoire de la NFL, dans un stade de rugby irlandais, à relancer sa deuxième saison universitaire contre une équipe de la Big 12. Rien n'est à sa place, et c'est précisément pour ça qu'on ne décroche pas.

La semaine 1 s'ouvre jeudi soir et court jusqu'au lundi de la fête du Travail, cinq jours d'affilée. Le total, environ 90 rencontres impliquant au moins une équipe de la FBS, gonfle mécaniquement avec les matchs de calibrage contre la FCS, mais ce n'est pas là qu'il faut regarder. Regardez plutôt Colorado à Georgia Tech jeudi soir, Clemson à LSU samedi soir dans le Tiger Stadium de Bâton-Rouge, Notre Dame contre Wisconsin au Lambeau Field dimanche, l'Apple Cup entre Washington et Washington State, Ole Miss contre Louisville à Nashville, puis SMU à Florida State lundi soir pour fermer le bal. Cinq soirs de suite avec quelque chose à regarder. Peu de saisons offrent une ouverture aussi étalée.


Huit mois à courir après les nouvelles

Commencez par le nombre : 33 nouveaux head coaches font leurs débuts ce mois-ci. L'an dernier, le cycle n'avait produit que six changements chez les Power 4. Cette fois, l'ACC, la Big Ten, la Big 12 et la SEC en ont cumulé dix-sept. LSU, Florida, Penn State, Michigan : quatre des postes les plus lourds du pays ont changé de titulaire dans le même hiver. Le carrousel s'est ouvert dès le 14 septembre, quand Virginia Tech a limogé Brent Pry et UCLA a écarté DeShaun Foster, et ne s'est refermé que le 26 décembre avec la signature de Kyle Whittingham à Michigan.


Whittingham, justement, mérite qu'on s'y arrête. Vingt ans à Utah, un départ annoncé comme une retraite, et le voilà à 66 ans à Ann Arbor pour la mission la plus exposée de la Big Ten. À Salt Lake City, Morgan Scalley hérite du programme après avoir été désigné successeur en 2024 et avoir passé vingt-cinq ans dans la maison comme joueur puis comme coach. Matt Campbell quitte dix saisons et 72 victoires à Iowa State pour Penn State. James Franklin, lui, réapparaît à Virginia Tech, ce qui aurait semblé absurde il y a douze mois.

La SEC a limogé cinq coachs pendant ou après la saison 2025, égalant son propre record : Napier, Kelly, Pittman, Freeze, Stoops. Jon Sumrall a quitté Tulane pour Florida, Alex Golesh a quitté USF pour Auburn. Deux des meilleures réussites du Group of Six absorbées d'un coup par la conférence qui mange tout.


Puis ajoutez à cela plus de 3 000 joueurs boursiers de la FBS passés par le portail des transferts. Des programmes du top 25 entament la saison avec un quarterback recruté ailleurs, un nouveau coordinateur offensif et un coach qui n'était pas là en janvier. Depuis huit mois, les fans assidus s'épuisent à suivre le mouvement, à recharger les fils d'actualité, à réapprendre des effectifs qui se vident et se remplissent en quinze jours. C'est devenu un travail à temps partiel.


Jeudi soir, tout ça s'arrête. Le tumulte de l'intersaison cède la place au terrain, et le football universitaire redevient ce qu'aucun autre sport ne sait offrir : cent mille personnes debout, des fanfares, des rivalités centenaires, et des jeunes hommes de vingt ans qui découvrent en direct ce qu'ils valent. Les fans seront là. Les stars aussi. Et pour quelques mois, on pourra enfin parler de football plutôt que de recrutement.


Le dossier qui parasite tout le reste

Il faudra bien parler de Bâton-Rouge, parce que le sport ne parle que de ça.

Un juge de Bâton-Rouge, William Jorden, a accordé à des dizaines d'anciens joueurs NCAA de la promotion 2022 le droit de revenir au niveau universitaire et de profiter de la nouvelle règle des cinq ans d'admissibilité en cinq saisons, dont leur promotion était exclue. Lane Kiffin a aussitôt ajouté trois anciens professionnels à son effectif, alors même que la SEC, la Big Ten, l'ACC et la Big 12 venaient d'interdire ce type de retour. Les présidents de la SEC ont voté 15-0 pour armer Greg Sankey de sanctions lourdes, avec LSU qui s'abstenait. LSU n'est d'ailleurs pas seul : Texas compte aussi dans ses rangs un joueur passé par des camps de la NFL, Cole Hutson, qui s'entraîne avec les Longhorns grâce à une injonction d'un tribunal d'État.


Depuis, l'escalade est devenue absurde. Des sources de CBS Sports décrivent une conférence qui pèse les forfaits de matchs, un recours en cour fédérale et, mot lâché dans les couloirs, une expulsion. Personne n'y croit vraiment. Que le mot circule dit tout du niveau d'exaspération. Le College Football Playoff, de son côté, étudierait une exclusion des playoffs pour toute école qui alignerait un joueur inadmissible selon les règles NCAA.

Le calendrier a écrit le scénario tout seul : audience jeudi matin, effectif final à déposer vendredi, Clemson à LSU samedi soir en ouverture de saison. Trois noms sur une feuille de match sont devenus l'histoire la plus suivie du pays.


Ce que dit le classement, et ce qu'il vaut

Ohio State ouvre au premier rang avec 40 des 69 votes de première place, devant Oregon, Georgia, Notre Dame et Texas. Indiana, champion en titre après avoir battu Miami en janvier, n'est que sixième. Ryan Day a dû reconstruire sa défense mais récupère Julian Sayin, Bo Jackson et Jeremiah Smith, et personne n'aligne autant de talent de haut en bas de l'effectif.


La géographie du sondage raconte la suite : neuf classés pour la SEC, huit pour la Big Ten, quatre pour la Big 12, trois pour l'ACC. Clemson sort du top 25 de présaison pour la première fois depuis 2011, sanction d'une saison à 7-6.

Cela dit, gardez le classement à distance. La moitié des équipes classées en présaison l'an dernier n'ont pas terminé dans le top 25, et deux formations absentes du sondage initial, James Madison et Tulane, ont disputé les playoffs. Cette année, Navy, Boise State et UNLV figurent parmi les candidats à la place réservée au Group of Six, dont les modalités d'attribution ont été retouchées cet été. Notre Dame, lui, est qualifié d'office s'il finit dans le top 12.

Et les liens historiques entre conférences et bowls sautent : les trois premières têtes de série choisiront elles-mêmes leur bowl de quart de finale, dans l'ordre du classement, la première pouvant aussi choisir son site de demi-finale si elle avance.


Le week-end, et ce qu'on y verra de nouveau

Jeudi soir donne le ton avec Colorado à Georgia Tech sur ESPN. Samedi, Clemson à LSU tient l'affiche, mais Boise State visite Oregon dans un remake qui a du sens pour la course au Group of Six, Alex Golesh fait ses débuts sur le banc d'Auburn contre Baylor, et UCLA se déplace à Cal dans ce qui fut jadis un match du Pac-12.


Dimanche est peut-être la meilleure journée de la semaine. Notre Dame affronte Wisconsin au Lambeau Field, ce qui n'a besoin d'aucune explication. L'Apple Cup oppose Washington à Washington State au Husky Stadium, et c'est la rivalité que le redécoupage des conférences n'a pas réussi à tuer. Depuis 1900, elle s'est jouée sans interruption chaque année depuis 1945, la seule exception étant 2020. Le départ des Huskies vers la Big Ten l'a fait passer de match de conférence de fin novembre à affiche hors conférence de début septembre, mais les deux universités ont signé pour la maintenir jusqu'en 2028. Nouveauté cette année : pour la première fois de son histoire, elle ouvre la saison des deux équipes. Et à Nashville, Ole Miss contre Louisville reste le seul choc entre deux équipes classées : Pete Golding y joue sa crédibilité, avec la mission de prouver que le parcours en playoffs des Rebels sans Kiffin n'était pas un accident.


Lundi soir, SMU se rend à Tallahassee pour fermer le bal contre Florida State, avec le siège de Mike Norvell qui chauffe déjà après une victoire laborieuse contre New Mexico State en semaine 0. Le reste, c'est le rituel de septembre : Ball State à Ohio State, Texas State à Texas, Marshall à Penn State. Personne ne regarde ça pour le suspense. On regarde pour revoir jouer son équipe.


Trois nouveautés se verront à l'écran dès jeudi. La règle du targeting passe en régime expérimental : une première exclusion dans la saison n'entraîne plus de suspension reportée, une deuxième coûte une demie, une troisième un match entier. L'interférence de passe offensive tombe de quinze à dix yards. Et le fair catch kick fait son entrée, aligné sur la NFL : après un fair catch, l'équipe qui reçoit peut tenter, depuis le point de réception, un field goal tenu par un holder ou un drop kick, sans tee, la défense repoussée d'au moins dix yards. Trois points si ça passe. La communication radio coach-joueur via le casque est par ailleurs étendue à toutes les divisions.


Enfin, regardez les maillots. La NCAA autorise pour la première fois la publicité sur l'uniforme : deux logos maximum avec l'accord de la conférence, un troisième en phase finale, quatre pouces carrés chacun, plus un sur le casque. Avec des effectifs dont le coût se compte désormais en dizaines de millions de dollars dans les gros programmes, les départements sportifs cherchent de l'argent partout. Les puristes vont grincer. Ils grinceront seuls.


Septembre ne fait que commencer

Et le rythme ne retombe pas. Dès le 12 septembre, Ohio State se déplace à Texas, présenté comme le match hors conférence le plus lourd du mois pour la sélection. Le perdant ne sera pas éliminé, mais la confrontation directe pèsera lourd au moment de départager les prétendants en décembre, surtout si l'autre finit par gagner sa conférence.

D'ici là, deux salles vont retenir l'attention. Une salle d'audience à Bâton-Rouge jeudi matin, un stade plein samedi soir dans la même ville. C'est à peu près tout ce qu'il faut savoir sur l'état du football universitaire en 2026.

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