top of page

Sous le Wasatch, l’ère Morgan Scalley commence en fanfare

3 sept.
8 min de lecture
Wayshawn Parker (#1), running back d’Utah, face à la défense d’Idaho
Wayshawn Parker (#1), running back d’Utah, face à la défense d’Idaho. Photo : Aaron Baker/Icon Sportswire.

Salt Lake City — La chaîne Wasatch en fond d'écran, 27 degrés sur les épaules, 51 444 personnes debout et, quelque part entre les tambours et les drapeaux dans les travées, ce souffle venu du Pacifique qui accompagne le football des Utes depuis trente-cinq ans. Il fallait bien ce décor pour les débuts de Morgan Scalley à domicile. Utah a écrasé Idaho 66-14 dans une soirée où tout ce que le programme voulait montrer s'est affiché en grand format : la puissance au sol, un running back qui a signé le match de sa vie avant même la mi-temps, deux quarterbacks capables de mettre le feu, des lignes entièrement remodelées et une identité de famille qui n'a jamais été un simple slogan.


Un décor que le reste du pays nous envie

Difficile de faire plus pittoresque que l'arrière-plan du Rice-Eccles Stadium. Les montagnes qui se dressent derrière la tribune appartiennent à la chaîne Wasatch, prolongement des Rocheuses ; juste au-dessus du stade se détachent Mount Wire, que les habitués appellent Big Beacon, et Grandeur Peak.

Devant ce mur de roche, les 51 444 spectateurs ont signé le 96e guichet fermé consécutif des Utes, belle affluence pour une ouverture face à un adversaire de FCS. Les deux équipes ne s'étaient plus croisées depuis 1993, une victoire des Vandals 28-17 dans ce même stade — un chiffre pour les archivistes, tant le rapport de force entre les deux programmes a changé de nature depuis.

Le Rice-Eccles Stadium et la chaîne Wasatch offrent l'un des décors les plus spectaculaires du college football lors de la rencontre entre
Le Rice-Eccles Stadium et la chaîne Wasatch offrent l'un des décors les plus spectaculaires du college football lors de la rencontre entre Utah et Idaho à Salt Lake City. Photo : Rafael Claveau/NorthSideline

Full circle pour Scalley

Coordinateur défensif des Utes de 2016 à 2025 et entraîneur des safeties depuis 2008, Morgan Scalley a hérité du programme en décembre, après le départ de Kyle Whittingham pour Michigan, puis mené l'équipe à une victoire au Las Vegas Bowl face à Nebraska. Mais c'était ici son premier match de saison régulière, sur le terrain où il avait été l'un des capitaines de la formation de 2004, invaincue sous Urban Meyer. La boucle est bouclée, et elle l'a été par 66 points.

« On a fait ce qu'il fallait faire, et ce n'est pas toujours le cas », a résumé l'entraîneur après coup, en insistant sur un chiffre qui l'a manifestement réjoui plus que le score : une seule pénalité de tout le match, pour dix yards. Avec des rotations massives et des combinaisons inédites sur le terrain, la discipline affichée relève presque de l'anomalie statistique pour un match d'ouverture.


Le ton donné dès le premier drive

Le premier drive offensif d'Idaho est stoppé net : le linebacker Trey Reynolds intercepte et porte à sept la série de matchs consécutifs avec au moins une interception pour la défense des Utes. Cinq actions plus tard, Devon Dampier trouve son running back Wayshawn Parker sur une passe de 9 yards pour l'ouverture du score. La série suivante des Vandals s'achève sur un snap trop haut récupéré par le safety Rabbit Evans, et Dillon Curtis ajoute un field goal de 24 yards.


17-0 dès le premier quart-temps, deux revirements provoqués en moins de cinq minutes de jeu, et un stade qui a compris très tôt qu'il n'assisterait pas à un match serré. Les Vandals répondent enfin par une longue remontée de 75 yards conclue par une course de 3 yards de Hayden Kincheloe, mais Utah reprend aussitôt ses distances, et l'écart n'a plus jamais cessé de grandir.


La soirée de Wayshawn Parker

Si une seule performance devait résumer ce que la nouvelle attaque d'Utah veut être, ce serait la sienne. Wayshawn Parker, passé par Washington State en 2024, a ouvert le score sur une passe de 9 yards, s'est vu refuser un touchdown pour un holding, puis a cassé plusieurs plaquages pour franchir la ligne au terme d'une course de 21 yards. Il a conclu son travail à 32 secondes de la pause, sur un ballon de 3 yards de Dampier.


Trois touchdowns, deux par la passe, un au sol, tous avant la mi-temps, et 94 yards cumulés à la course et à la réception : le premier match à trois touchdowns de sa carrière. Le détail qui compte, au-delà du total, tient à la manière dont Kevin McGiven l'a employé. Parker n'a pas été cantonné au rôle de bélier de zone rouge : il a été aligné comme cible de passe, utilisé sur des courses larges, sollicité dans les moments où l'attaque avait besoin de rythme plutôt que de puissance brute. C'est exactement le profil de porteur polyvalent que le coordinateur, arrivé d'Utah State cet hiver, avait promis d'exploiter, et c'est ce qui rend sa soirée plus intéressante que le score final ne le laisse croire.

Sa journée était terminée bien avant l'heure, comme celle de la plupart des titulaires. À ce niveau d'écart, la seule statistique qui comptait encore était celle de l'infirmerie, restée vierge.


Deux quarterbacks, deux allumettes

Devon Dampier a terminé sa soirée à 13 passes réussies sur 18 pour 176 yards, 3 touchdowns et aucune interception, en ajoutant 31 yards au sol et sans jamais être sacké. Le rouleau compresseur a continué au retour des vestiaires avec Braden Pegan, qui capte une passe de 30 yards malgré une couverture serrée avant de finir le travail par une course de 12 yards, la deuxième de sa carrière au sol : 4 réceptions pour 81 yards, un touchdown à la réception, un autre à la course.


Dampier a cédé sa place après ce drive, à 38-7. Entre alors Byrd Ficklin. Le gaucher est aussi menaçant avec ses jambes qu'avec son bras, et il n'a pas attendu pour le rappeler : une bombe de 35 yards pour l'ailier rapproché Noah Bennee au troisième quart, une passe de 9 yards vers Hunter Andrews dès l'ouverture du dernier. Deux séries, deux touchdowns, une gestion du tempo qui n'avait rien d'une figuration de fin de match. Le fond du banc s'est servi ensuite, avec un touchdown de Steve Chavez-Soto puis une échappée de 34 yards de LaMarcus Bell à 1:13 du terme.


Au total, les quarterbacks d'Utah affichent 17 passes réussies sur 26 pour 269 yards et cinq touchdowns, sans la moindre interception, pour une cote d'efficacité collective de 215,75. Et le jeu au sol n'a rien perdu de son caractère : 364 yards en 49 courses, une moyenne de 7,4 yards par tentative, quatre touchdowns. Utah avait terminé la saison régulière 2025 au quatrième rang national dans ce domaine ; l'attaque plus créative de McGiven n'a manifestement pas été construite au détriment de l'ADN du programme. Bilan global : 633 yards, 33 premiers essais, 34:20 de possession, aucun revirement concédé et un seul dégagement de toute la soirée.


Une affaire de famille, et une brise venue du Pacifique

Ce que Scalley a hérité de Whittingham, ce n'est pas seulement une recette de jeu, c'est un vestiaire où le maillot se transmet. Le staff en est la preuve la plus littérale. Scalley lui-même, ancien safety des Utes, est entré dans le programme comme assistant administratif en 2006 et en est à sa dix-neuvième saison sur le banc. Sharrieff Shah, promu associate head coach cette saison, entame sa quinzième année à la tête des corners.


Les Utes de l'Utah se préparent au bord du terrain avant leur rencontre face à Idaho
Les Utes de l'Utah se préparent au bord du terrain avant leur rencontre face à Idaho. Photo : Rafael Claveau/NorthSideline

Le cas le plus parlant reste celui de Luther Elliss. All-American consensuel en 1994, vingtième choix de la draft, deux fois Pro Bowler à Detroit, il est revenu à son alma mater en 2022 après cinq saisons passées du côté d'Idaho, justement, où il coachait la ligne défensive et deux de ses fils. Il encadre désormais les defensive ends d'une équipe où évolue un autre de ses fils, Elijah, auteur de quatre plaquages jeudi soir. Shah était son coéquipier au début des années 1990. Ajoutez Jordan Gross, ancien tackle All-American du programme recruté cet hiver pour reconstruire la ligne offensive, ou Brandon Burton, qui a joué corner sous les ordres de Scalley avant quatre saisons en NFL et revient comme assistant chez les receveurs.


Cette notion de famille a une histoire, et elle vient du Pacifique. C'est Ron McBride qui, en prenant le programme en 1990, a fait du recrutement des joueurs polynésiens — Hawaï, Samoa américaines, Tonga — un pilier de sa reconstruction, et chacun de ses successeurs a entretenu ce lien. Sione Pouha, Haloti Ngata, Star Lotulelei, Junior Tafuna : la liste des Utes polynésiens partis vers la NFL est devenue un argument de recrutement à elle seule. Sur la feuille de match de jeudi, des noms comme Semi Taulanga, Sione Motuapuaka ou Kana'i Lopes rappellent que la filière est toujours bien vivante, et dans les tribunes, les familles élargies qui font le déplacement en clan donnent au Rice-Eccles une chaleur particulière.


Avant le coup d'envoi, le Utah Mili — chant de guerre adapté de la culture polynésienne, devenu rituel maison — a rappelé que cette identité se célèbre autant qu'elle se joue.

Cette continuité s'est vue sur le terrain autant que sur le banc. La défense a limité Idaho à 225 yards en 61 jeux, soit 3,7 yards par action, treize premiers essais seulement, cinq séries en trois jeux et un dégagement, un sac, une interception et un échappé récupéré. Les Vandals n'ont franchi la ligne des buts que deux fois, les deux fois au sol, et n'ont jamais tenté le moindre placement.


Idaho, ou le prix d'un calendrier impitoyable

Il faut rendre justice aux Vandals sur un point : les conditions étaient à peu près les pires imaginables. Idaho arrivait à Salt Lake City avec une défaite en ouverture à Cal Poly dans les jambes, une semaine de récupération raccourcie et un déplacement chez le 21e du pays, membre de la Big 12. Utah a versé 600 000 dollars pour que ce match ait lieu ; le tarif habituel de ce genre de soirée, où l'un des deux camps sait à l'avance ce qu'il vient chercher.


Joshua Wood a tenu son rôle du mieux qu'il pouvait, avec 9 passes complétées sur 27 pour 111 yards, une interception et 41 yards gagnés à la course. C'est d'ailleurs par ses jambes qu'il a offert aux siens leur second touchdown, une course improvisée de 22 yards au troisième quart. Kincheloe a terminé avec 37 yards au sol. Un taux de réussite aérien de 36,7 %, deux revirements, cinq pénalités : les Vandals repartent à 0-2 sans que ce résultat n'apprenne grand-chose sur ce qu'ils vaudront face à des adversaires de leur catégorie.


La suite

Le vrai examen arrive maintenant. Utah reçoit Arkansas le samedi 12 septembre à Rice-Eccles, et c'est ce match-là, contre un adversaire de la SEC, qui dira si les promesses offensives entrevues jeudi tiennent la route face à une défense d'un tout autre calibre. Un match à 66 points contre une équipe FCS ne prouve à peu près rien ; il permet en revanche de valider des rotations, de faire jouer une trentaine de joueurs et d'entrer dans la saison sans blessure majeure ni mauvaise habitude.


Idaho disputera son ouverture à domicile le même jour, contre Lamar, quatorzième au classement FCS. Une rencontre autrement plus révélatrice de ce que sera sa saison que cette soirée passée à courir après un train déjà parti.

Pour Morgan Scalley, l'ardoise est vierge et parfaite, sur le terrain même où il portait le maillot il y a vingt-deux ans. Reste à savoir ce qu'elle vaudra dans huit jours.


HIGHLIGHTS:

Commentaires


©2026 par Northsideline

bottom of page