Trahi par son attaque, Oregon tombe face à UCLA à Autzen

EUGENE, Ore. — Les Ducks ont perdu le ballon sept fois, n’ont réussi qu’une seule troisième tentative sur 13 et ont dû attendre le quatrième quart-temps et Brock Thomas pour exister offensivement. Face à eux, des Bruins disciplinés, physiques et patients ont confirmé que leur début de saison n’avait rien d’un hasard.
Avant le coup d’envoi, on se demandait si la montée en puissance de UCLA, invaincu pour sa première saison sous les ordres de Bob Chesney, était bien réelle. Le test face à Oregon, dans un Autzen Stadium plein (59 262 spectateurs), devait nous donner des indications. Les Bruins (n°21) ont répondu : ils sont 5-0 après leur victoire 17-15 sur les Ducks (n°13), qui tombent à 3-2.
Ce match a opposé une défense d’Oregon qui a tenu la baraque pendant soixante minutes à une attaque qui ne s’est réveillée que lorsqu’il était presque trop tard. Il a aussi révélé une équipe de UCLA capable de gagner autrement qu’en démonstration : en contrôlant le ballon, le tempo et les lignes.
Sept ballons perdus, et toujours dans le match
La statistique la plus parlante de la soirée est aussi la plus absurde. Oregon a perdu cinq fumbles, lancé deux interceptions, et a pourtant eu le ballon en main dans les dernières secondes avec une chance de l’emporter.
« On ne s’est jamais retrouvés dans une situation où l’on perd autant de ballons tout en ayant encore une chance de gagner », a résumé Dan Lanning après la rencontre. « Mais on n’a été efficaces dans aucun secteur en attaque ce soir. On n’a jamais trouvé de rythme. »
Le plus frustrant pour le staff, c’est l’endroit où ces ballons ont été perdus, souvent au milieu du terrain. « Il faut protéger le ballon. On peut le travailler, le répéter, mais si ça se voit en match, c’est qu’on ne l’enseigne pas assez bien », a insisté Lanning. « On ne peut pas perdre le ballon à répétition et donner à sa défense un terrain court. »
Avant l’entrée de Brock Thomas en début de quatrième quart-temps, l’attaque d’Oregon totalisait 89 yards en trois quarts-temps. Le jeu au sol n’a jamais existé : 73 yards sur 27 portées sur l’ensemble du match.
« Ce n’est pas notre formule pour gagner ici », a reconnu Lanning. « On a toujours été une équipe capable de courir pour gagner, et on ne l’a pas fait aujourd’hui. » Avec une seule conversion sur 13 en troisième tentative, il a été encore plus direct : « On a été atroces en troisième tentative. »
Une ligne offensive en question
Le problème dépasse le seul quarterback. La ligne offensive, profondément renouvelée cet été, n’a jamais pris le dessus sur le front de UCLA, ni dans la protection de la passe, ni dans l’ouverture des brèches. Lanning ne s’est pas défilé : « On savait tous que ce ne serait pas la même ligne expérimentée que l’an dernier. On a toujours été l’une des meilleures équipes pour protéger le quarterback, mais ça n’a pas été suffisant cette année. Tout est lié. »
Raiola, de l’étincelle de Los Angeles à l’extinction
Pour son premier match comme titulaire sous le maillot des Ducks, avec Dante Moore toujours dans le protocole commotion, Dylan Raiola n’a jamais retrouvé l’étincelle allumée à Los Angeles. Le 26 septembre face à USC, l’ancien de Nebraska avait remplacé Moore au pied levé avec 289 yards et deux touchdowns, sans la moindre interception.
Face à UCLA, il termine à 6 sur 19 pour 43 yards, avec deux interceptions et un fumble. Après trois complétions en début de match, il a semblé chercher le gros jeu à répétition, a tenu le ballon trop longtemps et s’est retrouvé sous une pression constante. Après la pause : un 3 & out d’entrée, puis une passe lobée directement dans les mains du cornerback Tao Johnson en fin de troisième quart-temps.
Lanning a choisi de partager la responsabilité. « Il n’a pas été assez bon aujourd’hui, et je pense qu’il peut le reconnaître. Mais nous ne l’avons pas préparé à être assez bon. Il y a deux semaines, il était phénoménal. Il y aura toujours des moments d’éloges et des moments négatifs, et probablement aucun des deux ne raconte toute l’histoire. »

Une défense qui a tout donné
À l’opposé, la défense d’Oregon a livré une copie de très haut niveau, d’autant plus remarquable qu’elle est restée plus de 39 minutes sur le terrain.
Après avoir encaissé une bombe de 62 yards de Nico Iamaleava vers Aidan Mizell dès le premier snap, elle s’est mise à étouffer UCLA. Acculée sur ses 2 yards, elle a limité les Bruins à un field goal. Elle a ensuite offert à son attaque son seul touchdown de la première mi-temps : Nasir Wyatt sacke Iamaleava, Koi Perich récupère le fumble sur la ligne des 1 yard, et Jordon Davison conclut en wildcat.
Davison marque pour la sixième rencontre consécutive, une série entamée la saison dernière. Il a inscrit au moins un touchdown au sol dans chacun des cinq matchs d’Oregon cette année, pour un total de six.
Matayo Uiagalelei a été partout : deux sacks, dont un de 13 yards sur Ty Dieffenbach, et un field goal contré juste avant la pause. Koi Perich a fini avec 11 plaquages, un fumble récupéré et une interception, et Teitum Tuioti a stoppé Wayne Knight sur une quatrième tentative à trois yards de l’en-but. Le punter Bailey Ettridge a même calé les Bruins sur leurs 2 yards avec un coup de pied de 67 yards.
Lanning, lui, refuse de s’en satisfaire : « Tout le monde peut dire que la défense a assez bien joué par moments. Mais la toute première action du match, c’est un gros jeu concédé qui se transforme en trois points. Ce drive et ces trois points ont fait la différence. »
UCLA, la victoire de la patience
Si Oregon a perdu ce match, UCLA l’a aussi gagné, et avec un plan clair. Les Bruins ont tenu le ballon 39 minutes contre 21, en répétant les courses (47 au total) pour user une défense adverse condamnée à rester sur le terrain. Wayne Knight en a été le moteur : 103 yards au sol, un touchdown de 35 yards à la course dans le deuxième quart-temps, puis un second sur une réception au début du quatrième. Il a marqué au sol pour la cinquième rencontre consécutive.
Le vrai coup de force s’est joué devant. Sans avoir besoin de multiplier les blitz, la ligne défensive des Bruins a gagné ses duels face aux tackles d’Oregon, ce qui a permis à la couverture de coller aux receveurs. Scooter Jackson a arraché le ballon des mains d’Evan Stewart, Anthony Sacca a forcé et récupéré des fumbles.
« Quand on n’a pas besoin de blitzer et de prendre trop de risques parce qu’on gagne sur la ligne défensive, c’est énorme. C’est ce qu’on a fait aujourd’hui », a expliqué Chesney. « On aime beaucoup nos defensive ends face aux tackles offensifs. C’est toujours quelque chose sur lequel on mise. »
UCLA a surtout su encaisser la perte de son quarterback. Iamaleava, touché avant la pause, n’est pas revenu. Ty Dieffenbach a pris le relais avec un rôle simple : gérer, courir quand il le fallait, ne pas perdre le ballon. Son seul touchdown, une passe de 9 yards vers Knight dans le flat, a suffi. « Quand ton numéro est appelé, soit tu es exposé, soit tu es révélé », a résumé Chesney. À ses yeux, Dieffenbach a été révélé.
Le coach des Bruins avait aussi une raison plus personnelle de savourer. La saison dernière, son équipe de James Madison avait vu son parcours s’achever ici même, à Autzen, face aux Ducks. « J’étais déjà venu ici. Oregon a mis fin à notre saison. Je voulais juste prendre une seconde pour ressentir ça, et le voir une dernière fois avant de partir. »
Le « Shout » qui s’est retourné
L’image de la soirée est venue entre le troisième et le quatrième quart-temps. Pendant « Shout », la chanson traditionnelle d’Autzen, ce sont les joueurs de UCLA qui dansaient sur le terrain, pendant que Lanning tentait de remettre les pendules à l’heure avec son groupe. Trois actions plus tard, Knight marquait (17-6). Plus personne ne chantait dans un stade devenu muet.

Brock Thomas, trop tard
Brock Thomas, troisième quarterback dans la hiérarchie, a alors pris les commandes. Son entrée a d’abord ressemblé au reste de la soirée : sur une quatrième tentative et 1, il perd le ballon sur une course, et Sacca récupère.
Puis l’attaque a enfin ressemblé à quelque chose. Aidé par des pénalités de UCLA, Thomas a mené un drive conclu par un field goal de Gage Hurych (17-9), puis a trouvé Evan Stewart sur 44 yards pour le touchdown à 2'16 de la fin (17-15). La conversion à deux points, rejouée à un yard et demi après un face mask, a été stoppée par Sahir West. « Nous commencions à perdre le contrôle du match », a reconnu Chesney. « Ce stop était crucial. »
La défense a forcé un dernier punt, et Oregon a récupéré le ballon sur ses 5 yards à 48 secondes de la fin.
Thomas a remonté jusqu’aux 37 et termine à 11 sur 15 pour 156 yards et un touchdown, en un seul quart-temps. « On peut toujours se dire qu’on aurait dû le faire entrer plus tôt », a admis Lanning.
Une frustration qui pèse
La dernière action résume la soirée. Thomas trouve Stewart, qui latéralise vers Jamari Johnson, mais le ballon tombe une dernière fois et Dante Lovett le récupère pour UCLA.

C’est seulement la troisième défaite à domicile d’Oregon sous Lanning, et la première face aux Bruins après cinq victoires de suite. Pour un public habitué à voir les Ducks dominer à Autzen, la soirée laisse un goût amer : celui d’un match qu’Oregon aurait pu gagner sans jamais l’avoir mérité.
Lanning l’a bien senti. « Nos fans méritent le meilleur. Ils remplissent ce stade semaine après semaine et ils ont été incroyables. Ils veulent un meilleur produit que ce qu’on a montré sur le terrain aujourd’hui. Ils le méritent. »
Avec deux défaites déjà, la course aux playoffs prend une tout autre tournure. La question du quarterback reste ouverte, entre le retour incertain de Moore, un Raiola en manque de confiance et un Thomas qui a enfin fait avancer l’attaque.
« On mène désormais un combat en montée », a conclu Lanning. « On ne contrôle plus notre destin. Mais on contrôle notre réponse. »
La défense a déjà donné la sienne. Autzen attend maintenant celle de l’attaque.





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