Un QB qui manque, un QB qui doute : Ohio State et Texas face au même casse-tête

En football, tout part du quarterback. Cette semaine, deux des programmes les plus puissants du pays en font l'expérience, chacun à sa manière. À Columbus, Ohio State vient d'apprendre qu'il devra probablement finir la saison sans son titulaire. À Austin, Texas a décidé de garder le sien, alors que tout le monde réclame un changement.
D'un côté, un QB qui manque. De l'autre, un QB qui doute. Et dans les deux cas, une question qui pèse sur la course au College Football Playoff : qui va lancer le ballon quand ça comptera vraiment ?
Ohio State : le vide laissé par Julian Sayin
La victoire avait pourtant un goût de revanche. Samedi dernier, à Bloomington, Ohio State a battu Indiana 19-15, effaçant la défaite subie lors de la finale du Big Ten 2025. Mais au quatrième quart-temps, tout a basculé. Sur un sack, le défenseur des Hoosiers Mario Landino a percuté le bras de lancer de Julian Sayin, qui a perdu le ballon. Évalué sur le terrain, le quarterback semblait incapable de tenir correctement le ballon. Il est revenu sur le banc le bras en écharpe.
Après le match, Ryan Day parlait de « plusieurs semaines » d'absence. Mardi, le ton a changé. Day a déclaré que Sayin était « out indefinitely », refusant de donner un calendrier. Surtout, il a reconnu que le staff prépare un plan sans son quarterback pour le reste de la saison régulière… et pour les phases finales.
La perte est énorme. Finaliste du Heisman Trophy en 2025, Sayin affichait cette saison 68,2 % de passes réussies pour 2 007 yards, 19 touchdowns et seulement 4 interceptions en six matchs. Depuis ses débuts comme titulaire, il cumule 5 617 yards et 51 touchdowns en 21 rencontres.
Le relais revient à Luke Fahey, un true freshman, qui a terminé le match contre Indiana. Il avait disputé le poste de remplaçant à Tavien St. Clair, ancienne recrue cinq étoiles, plus tôt dans l'année. Les deux auront la semaine de bye pour convaincre. Ohio State ne manque pas d'armes, à commencer par le receveur vedette Jeremiah Smith. Mais confier l'attaque d'un prétendant au titre à un débutant reste un pari.
Ryan Day, lui, cherche des raisons d'y croire. Il a rappelé le parcours de 2014, quand les Buckeyes avaient remporté le titre national malgré des blessures en série au poste de QB.
Texas : Arch Manning sous pression
À Austin, le problème est inverse. Le quarterback est en pleine santé, mais c'est sa forme qui inquiète. Il y a deux semaines, les Longhorns semblaient intouchables. Depuis, ils ont enchaîné deux défaites face à des adversaires non classés, à chaque fois sur le score de 27-24.
Le scénario se répète : Arch Manning craque dans le money time. Contre Oklahoma, deux interceptions au quatrième quart-temps. Contre Florida, un strip-sack en fin de match qui a tué la remontée texane et offert à Manning sa première défaite à domicile. Sur ces deux matchs, il n'a lancé que 433 yards, avec 4 touchdowns, 2 interceptions et un fumble, tous concédés dans le dernier quart-temps.
Après Florida, Steve Sarkisian promettait de « tout évaluer », sans exclure un changement de QB. Le remplaçant KJ Lacey, ancienne recrue très cotée mais sans réelle expérience, a même reçu davantage de répétitions avec l'équipe première. Puis lundi, le coach a tranché : Manning reste titulaire. Il peut mieux jouer, a dit Sarkisian, mais il exige d'en voir une meilleure version.
Il faut dire que Manning n'est pas le seul coupable. Texas n'a marqué plus de trois touchdowns qu'une seule fois cette saison. Le jeu au sol plafonne à 135 yards par match, parmi les pires totaux de la SEC. Manning a déjà été sacké 17 fois. Et la défense a raté 19 plaquages contre Florida.
Sarkisian assure que son quarterback a changé d'attitude cette semaine à l'entraînement, plus combatif, plus « edgy ». Reste à le prouver sur le terrain.
Subir ou choisir : deux crises, deux logiques
La différence est fondamentale. Ohio State subit. Ryan Day n'a pas le choix : son titulaire est blessé, il doit faire avec ce qu'il a. Personne ne lui reprochera d'avoir lancé un freshman. Si Fahey échoue, ce sera la faute du destin, pas d'une décision.
Texas, au contraire, choisit. Sarkisian aurait pu tourner la page et lancer Lacey. Il a préféré la fidélité. C'est un pari sur la confiance et sur le passé : en 2025, après un début de saison irrégulier, Manning avait trouvé son rythme, signant 15 touchdowns pour seulement 2 interceptions sur ses huit derniers matchs. Texas avait fini à 10-3, tout près du Playoff. Si Manning rechute samedi, la responsabilité retombera directement sur son coach.
Autre contraste : la marge d'erreur. Ohio State, classé n°3 de l'AP avec un bilan de 6-1, peut encore se permettre un faux pas. Texas, retombé au 19e rang à 4-2 et 1-2 en SEC, n'en a plus aucune. Sarkisian rappelle que toutes les équipes de la SEC ont désormais au moins une défaite, et que le titre de conférence reste jouable. Mais une troisième défaite consécutive changerait tout.
Au fond, les deux situations posent la même question : un programme d'élite peut-il gagner un titre sans un quarterback au sommet de son art ? Ohio State va le découvrir malgré lui. Texas espère ne jamais avoir à le savoir.
Ce qu'il faut surveiller
Le premier verdict tombe samedi soir à Austin. Texas reçoit Ole Miss, n°7, bilan de 5-1. La défense des Rebels, classée 108e du pays, offre à Manning une occasion idéale de se relancer. Mais si l'attaque cale d'entrée, beaucoup s'attendent à voir Lacey s'échauffer. Un départ raté, et la patience de Sarkisian sera mise à l'épreuve en direct.
Pour Ohio State, le test arrive une semaine plus tard. Après son bye, l'équipe se déplacera à USC le 31 octobre, pour le premier duel entre les deux programmes en tant que membres du Big Ten. Un baptême du feu dans un stade hostile pour Fahey, ou pour St. Clair si le staff change d'avis.
Deux week-ends, deux quarterbacks sous les projecteurs. Et peut-être, au bout, deux saisons qui se jouent sur une seule position.





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