Une soirée de football universitaire entre mémoire et rivalité

Il y a des vendredis soir de football universitaire qui ne se résument pas à des scores. Celui-ci en fait partie. Vingt-cinq ans jour pour jour après le 11-Septembre, trois affiches ont occupé l'écran américain : un quarterback en train de se révéler à Louisville, une haine vieille de 135 ans rallumée au Kansas, et un stade de Boston transformé en mémorial à ciel ouvert.
Louisville 59-13 Villanova : la démonstration de Lincoln Kienholz
Villanova n'était pas un faire-valoir : demi-finaliste FCS la saison passée, 18ᵉ au classement des entraîneurs. Les Wildcats ont tenu un quart-temps, puis n'ont plus inscrit qu'un field goal pendant que Louisville en passait 42. Au total, 635 yards de gain pour les Cardinals contre 253.
Le sujet, c'est le numéro 3. Lincoln Kienholz, transfuge d'Ohio State recruté par Jeff Brohm, a manqué ses deux premières passes de la soirée puis à peu près plus rien : 16 sur 21, 332 yards, deux touchdowns à la passe, deux autres à la course. Il est sorti après trois quarts-temps, avec 45-13 au tableau.
La semaine précédente, à Nashville, il avait rendu 307 yards, deux touchdowns à la passe et un autre au sol pour sa toute première titularisation en carrière — contre Ole Miss, demi-finaliste du dernier College Football Playoff. Louisville avait perdu 41-38. La ligne de résultats disait « défaite ». Le reste disait autre chose.
Vendredi, il a simplement confirmé : une course de 19 yards dans l'en-but, une bombe de 69 yards pour Jaleel Skinner, une autre de 61 pour Lawayne McCoy, un plongeon de 4 yards. Tout n'était pas net pour autant — une passe de 65 yards concédée par la défense, et cinq des sept pénalités des Cardinals à 15 yards, exactement ce qui leur avait coûté Nashville.
Louisville (1-1) reçoit SMU, 17ᵉ, samedi prochain. On saura vite.
Kansas 21-38 Missouri : le Border War n'a rien perdu de son venin
À Lawrence, on ne parlait pas de football avant le coup d'envoi. On parlait de John Brown.
Cinq jours avant la rencontre, le département athlétique du Kansas a publié sur ses réseaux une photo en noir et blanc de l'abolitionniste — héros pour les uns, fanatique sanguinaire pour les autres. Le directeur sportif Travis Goff en a rajouté une couche avec un cliché de Jayhawkers, ces miliciens antiesclavagistes que le Missouri voisin a toujours considérés comme des pillards. Bienvenue dans le Border War, la rivalité où l'histoire du XIXᵉ siècle sert encore de matériel de motivation.
Le contexte : 122ᵉ rencontre depuis 1891, interrompue en 2012 quand le Missouri a rejoint la SEC, reprise l'an dernier à Columbia. Ce vendredi était le premier match à Lawrence depuis 2005. Prochain rendez-vous : 2031.
Le match a mis un quart-temps à démarrer, puis a explosé. Le Kansas a ouvert le score de la manière la plus cruelle qui soit : un field goal de 27 yards contré, récupéré et rapporté dans l'en-but. Le Missouri a répondu par une course de 64 yards de Jamal Roberts, et les deux équipes sont rentrées à égalité.
Le troisième quart-temps a tout réglé. Deux possessions, deux touchdowns pour les Tigers en moins d'une minute de jeu, et le Kansas n'a plus jamais repris l'avantage. Austin Simmons, gaucher et transfuge d'Ole Miss, a fini à 19 sur 29 pour 292 yards et trois touchdowns sans interception ; son homologue Isaiah Marshall n'a converti que 13 de ses 30 passes, avec deux interceptions. Jamal Roberts a porté le ballon 28 fois pour 125 yards. Les Jayhawks ont sauvé l'honneur là où ils le pouvaient — deux field goals adverses contrés — mais ont terminé à 81 yards au sol en 36 courses.
Lance Leipold aimerait jouer ce match plus souvent que tous les cinq ans. Difficile de lui donner tort. Il faudrait d'abord en gagner un.
Boston College 28-21 Rutgers : le maillot rouge de Welles Crowther
Sur le papier, deux équipes à 0-1, deux entraîneurs sous pression, un match que personne n'aurait regardé un autre soir. Sauf que les deux universités ont choisi cette date-là exprès.
Depuis 2014, les Eagles disputent chaque année leur Red Bandanna Game, en mémoire de Welles Crowther, promotion 1999, ancien joueur de crosse de l'université. Le 11 septembre 2001, Crowther travaillait comme trader dans la tour sud du World Trade Center. Pompier volontaire, il est redescendu. Puis il est remonté. Les survivants ne connaissaient pas son nom, seulement le bandana rouge qu'il portait sur le visage pour filtrer la fumée. On lui attribue jusqu'à dix-huit vies sauvées. Il avait 24 ans. Il n'est jamais ressorti.
Pour ce vingt-cinquième anniversaire, Alumni Stadium a mis les moyens : survol des garde-côtes avant le coup d'envoi, bandanas rouges distribués aux 10 000 premiers spectateurs, spectacle de drones à la mi-temps, et la famille Crowther dans les tribunes aux côtés des proches des autres anciens de BC morts ce jour-là.
Rutgers n'était pas un adversaire choisi au hasard. L'université du New Jersey a perdu 37 anciens élèves le 11 septembre 2001. Les Scarlet Knights sont entrés sur le terrain avec le numéro 37 sur tous les casques et la mention « never forget » le long du pantalon.
Boston College a mené 20-7 à la pause, puis vu Rutgers revenir à un ballon. La bascule est arrivée à sept minutes de la fin : Mason McKenzie s'est décalé vers la droite et a trouvé
Dawson Pough, seul à dix yards du défenseur le plus proche, pour 78 yards. Transformation à deux points dans la foulée. AJ Surace a répliqué par une bombe de 60 yards — son troisième touchdown du match — avant que la défense des Eagles ne l'intercepte pour la quatrième fois, à moins de deux minutes du terme.
Surace disputait sa première titularisation en carrière. Fils de l'entraîneur de Princeton, il remplaçait Dylan Lonergan, blessé — et titulaire de Boston College l'an dernier. Rutgers a monopolisé le ballon 34 minutes, confié 27 courses à Raymond pour 134 yards, et n'a jamais marqué au sol.
BC (1-1) reçoit Maine samedi prochain. Rutgers (0-2), dont Greg Schiano estimait que la lourde défaite contre UMass avait fait du programme une « risée », accueillera USC.
Bill O'Brien le disait en amont : « Welles Crowther incarne ce qu'est Boston College. » C'est probablement la seule ligne de la soirée dont on se souviendra dans vingt-cinq ans.
Les autres résultats de la soirée:
NC State 73-0 Richmond. Un blanchissage total : les Spiders n'ont pas marqué un point de la soirée. CJ Bailey a fini à 13/17 pour 281 yards, Jordan Scott a couru 9 fois pour 128 yards et deux touchdowns, et le Wolfpack a mis 21 points au premier quart-temps avant d'en ajouter 28 au deuxième.
Virginia 59-3 Norfolk State. Beau Pribula a lancé trois touchdowns dans le seul premier quart-temps et terminé à 12/14 pour 162 yards. Xavier Davis a ajouté 107 yards au sol en 11 courses. Les Cavaliers, 25ᵉ au classement AP, passent à 2-0.





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