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Washington au bord de la crise après la démonstration d’Iowa

10 oct.
6 min de lecture
Le QB des Washington Huskies, Demond Williams Jr. (#1), est plaqué par les défenseurs d’Iowa lors du deuxième quart-temps, le 9 octobre
Le QB des Washington Huskies, Demond Williams Jr. (#1), est plaqué par les défenseurs d’Iowa lors du deuxième quart-temps, le 9 octobre 2026, au Husky Stadium de Seattle. Crédit photo : Leslie Plaza Johnson / Icon Sportswire.

SEATTLE — Il aura fallu attendre plus de six décennies. Ce vendredi 9 octobre, pour la première fois depuis 1963, les Iowa Hawkeyes ont fait le voyage jusqu’à Seattle pour y disputer un match de football.


L’affiche, en Big Ten, opposait deux équipes aux dynamiques opposées. D’un côté, Iowa, 20e au classement (4-1), au parcours quasi irréprochable : sa seule défaite de la saison avait été concédée la semaine précédente face à Ohio State (31-14). De l’autre, Washington (3-2), dans la tourmente après un bon départ de saison. Les Huskies restaient sur deux revers face à des adversaires de Big Ten, Minnesota puis USC, deux défaites concédées de trois et quatre points qui laissaient un goût d’occasions manquées.


Les Huskies avaient aussi une revanche à prendre. Lors de leur dernière confrontation, en 2024 à Iowa City, les Hawkeyes s’étaient imposés 40-16. Un nouveau chapitre dans une histoire commune faite de rendez-vous marquants : Washington avait remporté les deux duels du Rose Bowl, en 1982 et 1991, avant qu’Iowa ne prenne sa revanche au Sun Bowl de 1995.

Pour sa troisième saison à la tête du programme, Jedd Fisch avait besoin d’une réaction, et comptait pour cela sur son quarterback Demond Williams Jr. Malgré leurs difficultés, les Huskies partaient d’ailleurs légèrement favoris devant leur public, de deux points et demi. Restait à savoir s’ils sauraient relever la tête face à une défense d’Iowa particulièrement hermétique contre la course, précisément le point faible de Washington cette saison. Fragilisés par les blessures de leurs deux meilleurs running backs, les Huskies n’avançaient en moyenne que de 3,7 yards par course avant ce match, quand la défense des Hawkeyes n’en concédait que 2,9.


La réponse est tombée très vite. À la mi-temps, sous la pluie de Seattle, le tableau d’affichage du Husky Stadium racontait une histoire que personne à Montlake n’avait envie de lire : Iowa 27, Washington 3. Et sur le sideline, une image plus inquiétante encore : Williams, le quarterback autour duquel tout le programme s’est construit cette saison, sorti de la tente médicale pour regarder, impuissant, la dernière série de la mi-temps se jouer sans lui.

Iowa s’est finalement imposé 41-24, sa première victoire dans le fuseau horaire du Pacifique depuis le Holiday Bowl 2019. Mais pour les Huskies, l’essentiel de la soirée s’est peut-être joué ailleurs que sur le tableau d’affichage.


Un rempart infranchissable

Les craintes d’avant-match se sont confirmées dès la première série. Sur un troisième essai, Preston Ries écrase Williams pour une perte de neuf yards. Cam Buffington l’imite quelques minutes plus tard, puis récidive au deuxième quart, juste avant que Jayden Montgomery ne fasse reculer Williams de 13 yards. Même Elijah Brown, entré juste avant la pause, n’y échappe pas : Ries le sacke à 21 secondes de la mi-temps.


Cinq sacks en une mi-temps, un sixième de Bryce Hawthorne après la pause. Washington enchaîne quatre three-and-out sur ses cinq premières possessions et rentre aux vestiaires avec 3 yards au sol et 109 yards au total, contre 279 pour Iowa.


Hecklinski sans trembler, Moulton sans pitié

On attendait Hank Brown, touché à l’articulation acromio-claviculaire de l’épaule de lancer contre Ohio State. C’est Jeremy Hecklinski qui a pris le relais pour la première titularisation de sa carrière, et il n’a jamais tremblé : 14 passes réussies sur 19, 202 yards, trois touchdowns, aucune interception.


Ses cibles ont été d’une efficacité redoutable. Le tight end DJ Vonnahme a vu le ballon deux fois, pour deux touchdowns : 20 yards au bout d’une feinte de course qui a piégé toute la défense sur un 3e et 1, puis 24 yards, complètement seul, après un punt relâché par Evan James mais récupéré par Ries. Reece Vander Zee a été l’homme des moments clés, avec une réception de 30 yards sur un 3e et 3 au premier quart, puis une prise de 31 yards et un touchdown de 8 yards au troisième (3 réceptions, 69 yards).


Mais le moteur, c’était Kamari Moulton. Son touchdown de 56 yards en fin de premier quart, où il perce au centre, casse un plaquage et efface un défenseur le long de la ligne de touche, a donné le ton. Il a ensuite effacé son record en carrière (183 yards contre Northern Illinois) avant d’inscrire un deuxième touchdown sur 3 yards au quatrième quart. Bilan : 208 yards en 26 courses, une semaine après avoir été limité à 27 yards par Ohio State.


Moins trois yards

En face, le chiffre résume tout : -3 yards au sol en 25 tentatives. Brian Bonner Jr. plafonne à 17 yards en 10 courses, et Williams termine à -8 yards en 11 courses, plombé par les sacks. Sans menace au sol, l’attaque de Washington est devenue prévisible, et Iowa l’a punie toute la soirée : 465 yards gagnés pour les Hawkeyes, dont 263 au sol, contre 317 pour les Huskies.


Une radio, puis le silence

Le seul rayon de lumière de la première mi-temps, un field goal de 30 yards de Tyler Robles, a eu un prix. Sur l’action précédente, un troisième essai à la ligne des 13 d’Iowa, Williams avait plongé au bout d’une course d’un yard avant d’encaisser un gros choc de Jacob Wallace et Montgomery. Il a passé toute la série défensive suivante dans la tente médicale, en est ressorti juste avant la dernière possession de la mi-temps, mais c’est Brown qui est entré. Williams n’est jamais réapparu après la pause.


Washington a indiqué pendant le match qu’il passait une radio au niveau du flanc et des côtes, et Fisch a confirmé au micro de FOX qu’il n’était pas formellement forfait. Selon le Seattle Times, des sources proches du dossier font état d’une blessure aux côtes et d’une évaluation pour une possible commotion. Après le match, Fisch n’avait aucune nouvelle à donner.

Sa première mi-temps n’avait rien de rassurant : 6 passes sur 11 pour 69 yards et quatre sacks encaissés. Mais elle s’est jouée derrière une ligne débordée de toutes parts, face à une défense d’Iowa au sommet de son intensité.


Elijah Brown, la lueur d’espoir

C’est là que la soirée change de ton. Au retour des vestiaires, Elijah Brown, transféré de Stanford, mène une série de huit jeux et 75 yards, conclue par un touchdown de 10 yards pour Chris Lawson. Puis une deuxième, de 11 jeux et 75 yards, aidée par plusieurs pénalités défensives d’Iowa, terminée par un touchdown de 2 yards pour Dezmen Roebuck et une conversion à deux points vers Lawson. 34-18.

Iowa a répondu à chaque fois, mais Brown n’a rien lâché. Sur la dernière action du match, il trouve Mason James pour un ultime touchdown de 3 yards. Bilan : 28 passes réussies sur 39 pour 251 yards, trois touchdowns et aucune interception, en à peine plus d’une mi-temps. Le tout après seulement deux répétitions avec la première équipe à l’entraînement cette semaine, selon Fisch.

Ses receveurs ont largement contribué à ce réveil offensif. Lawson a capté 8 ballons pour 86 yards et un touchdown, dont une réception de 22 yards en glissade sur un troisième essai. Roebuck totalise 8 réceptions pour 49 yards et un touchdown, Rashid Williams 5 pour 66 yards.


La question à 4 millions de dollars

Jedd Fisch pourrait-il confier les clés à Brown ? La question se pose, mais elle mérite de la prudence. En janvier, Williams a signé un contrat NIL estimé à environ 4 millions de dollars pour 2026, avant d’annoncer quelques jours plus tard son départ vers le portail des transferts, puis de faire volte-face. Washington était prêt à aller en justice pour faire respecter le contrat, et Fisch avait salué son retour comme une victoire.


Ce montant ne dit rien de la hiérarchie sur le terrain. Il dit en revanche à quel point le programme a misé sur Williams : un pari sportif, mais aussi d’image, et une relation reconstruite en public. Et la comparaison avec Brown doit tenir compte du contexte. Williams a joué la première mi-temps sous une pression constante, face à une défense d’Iowa qui n’avait encore rien concédé. Brown, lui, a évolué face à une équipe qui gérait une avance de plus de vingt points, et deux de ses séries ont profité de pénalités adverses. Son match reste remarquable de calme et de précision, mais une mi-temps ne remplace pas ce que Williams a montré depuis ses deux premières titularisations fin 2024, puis tout au long de 2025, sa première saison complète comme titulaire.


Le contexte, pourtant, pèse. Cette défaite laisse les Huskies à 3-3 et 0-3 en Big Ten, et les ambitions de la saison vacillent déjà. Fisch, qui avait présenté ce match comme un test grandeur nature, s’est dit surpris par l’écart physique entre les deux équipes. En conférence de presse, il a d’abord salué la gestion du match et la qualité des décisions de Brown. Et si l’état de Williams devait le tenir éloigné des terrains, Fisch n’aurait peut-être même pas à trancher.

Pour l’instant, une seule chose est sûre. Dans une soirée qui ressemblait à un naufrage, c’est le remplaçant qui a donné aux Huskies leur première vraie raison d’espérer.

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