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Quinze secondes ont suffi : Washington renverse Nebraska à Lincoln

il y a 7 heures
9 min de lecture
Emmanuel Karnley (3), cornerback de Washington, réalise une interception finalement annulée pour une pénalité face à Nebraska. Crédit photo : Nathanial George / Icon Sportswire.
Emmanuel Karnley (3), cornerback de Washington, réalise une interception finalement annulée pour une pénalité face à Nebraska. Crédit photo : Nathanial George / Icon Sportswire.

Après le touchdown inscrit par Nebraska au premier quart, le match s'est enlisé dans une longue disette offensive : plus aucun touchdown pendant près de trois quarts. Puis Washington a tout renversé en quinze secondes. Menés 7-3 à moins de deux minutes de la fin, les Huskies ont marqué sur une passe de Demond Williams, qui a apporté l'étincelle dont leur attaque avait besoin, avant qu'un retour d'interception du safety Alex McLaughlin ne cloue les Huskers. Score final : 17-10. Dans un Memorial Stadium tout de noir vêtu, Nebraska a vu son quart Anthony Colandrea, tout juste engagé pour 2027, lancer trois interceptions face à une défense d'acier.


Un soir d'Halloween sous le signe du noir

Le décor était à la hauteur de l'événement. Pour la première fois depuis 1998, Memorial Stadium accueillait un match le soir d'Halloween, et Nebraska avait choisi d'en faire une blackout night : tribunes en noir, joueurs en tenue noire. Le stade affichait complet pour la 416e fois consécutive, une série qui dure depuis 1962 et qui reste l'une des plus remarquables du sport universitaire américain.

Les Huskers font leur entrée sous les feux d'artifice lors de la soirée « Black Out », 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)
Les Huskers font leur entrée sous les feux d'artifice lors de la soirée « Black Out », 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)

La soirée avait aussi une dimension historique. Eric Crouch était présent pour célébrer le 25e anniversaire de son trophée Heisman, remporté en 2001. Nebraska a rendu hommage à son ancien quart, dernier joueur du programme à avoir reçu la plus prestigieuse récompense individuelle du football universitaire. Crouch reste associé à l'un des jeux les plus célèbres de l'histoire des Huskers, le « Black 41 Flash Reverse » contre Oklahoma, cette même saison : un jeu truqué conclu par une réception de touchdown de 63 yards du quart lui-même, qui l'avait propulsé en tête de la course au Heisman. Johnny Rodgers, lauréat en 1972, et Mike Rozier, sacré en 1983, les deux autres vainqueurs du Heisman de l'histoire de Nebraska, étaient également présents. Voir les trois réunis à Lincoln, un soir d'Halloween, avait de quoi émouvoir un stade attaché à son histoire.


Le contexte sportif ajoutait de l'intérêt. Nebraska sortait d'une semaine de repos après deux défaites serrées, 20-17 contre Indiana et 17-14 à Oregon. Washington revenait aussi d'une semaine sans match, après une victoire à Purdue qui avait interrompu une série difficile, avec des revers contre Minnesota, USC et Iowa. Et la veille du match, l'agent d'Anthony Colandrea avait annoncé que le quart de Nebraska avait signé pour revenir en 2027, pour sa dernière année d'éligibilité, malgré l'intérêt de plusieurs programmes de la SEC.


Un premier quart sous haute tension

Colandrea n'a pas connu le début de match qu'il espérait devant son public. Sur la première possession de Nebraska, une longue série de 10 jeux s'est arrêtée net : sa passe a été interceptée par Rylon Dillard-Allen, qui a ramené le ballon sur 20 yards. Quelques minutes plus tard, sur la possession suivante, une passe lancée en déséquilibre, sur le pied arrière, a fini dans les mains d'Emmanuel Karnley. Deux possessions, deux interceptions.


En face, l'attaque de Washington n'a rien proposé de mieux. L'entraîneur Jedd Fisch avait gardé le mystère jusqu'au coup d'envoi sur le choix de son quart, entre Demond Williams et Elijah Brown. C'est Brown qui a commencé. Sa première série s'est résumée à deux passes incomplètes et une course de Brian Bonner pour aucun gain. Washington a terminé le premier quart avec 19 yards au total.


Nebraska a fini par trouver la solution, et de la plus longue des façons. Après un dégagement de Washington sorti du terrain à la ligne des 5 yards de Nebraska, l'attaque des Huskers a remonté tout le terrain en 10 jeux : 95 yards, conclus par une passe de 24 yards de Colandrea pour le tight end Carter Nelson. Pour l'occasion, une nuée de ballons noirs a été lâchée dans le ciel de Lincoln. À la fin du premier quart, Nebraska menait 7-0 et avait gagné 146 yards, contre 19 pour son adversaire.


Malgré ses deux interceptions, Colandrea n'a pas renoncé au jeu long. À plusieurs reprises, il a cherché ses receveurs loin derrière la défense, mais ses ballons étaient souvent trop longs. La défense de Washington, dirigée par le coordinateur Ryan Walters, semblait d'ailleurs prête à lui laisser ces tentatives, en comptant sur sa couverture profonde. Le linebacker Zaydrius Rainey-Sale a même dévié une passe destinée au tight end Luke Lindenmeyer.


Le quart de Nebraska a pourtant montré sa mobilité. À plusieurs reprises, il a échappé à la pression et prolongé des actions qui semblaient perdues. Mais sa volonté de provoquer le grand jeu à tout prix n'a pas fonctionné, du moins en première mi-temps. Washington a aussi tenté sa chance avec un jeu à double passe, avec Elijah Brown et Demond Williams sur le terrain en même temps, vite étouffé par la défense des Huskers.


Juste avant la pause, Washington a enfin inscrit ses premiers points : un placement de 50 yards de Tyler Robles, dans la dernière minute de la première mi-temps, pour un score de 7-3. À la pause, les chiffres résumaient bien la soirée. Colandrea avait complété 12 de ses 23 passes pour 131 yards, avec un touchdown et deux interceptions. Brown en était à 11 sur 20 pour 101 yards. Et Washington n'avait gagné que 8 yards au sol en 8 courses, soit une moyenne d'un yard par course. L'attaque des Huskies ne trouvait aucune solution face à la défense de Nebraska.


Les Blackshirts tiennent, puis tout bascule en quinze secondes

La deuxième mi-temps a prolongé le combat défensif. Les Blackshirts, surnom historique de la défense de Nebraska, ont fait leur travail : quatre sacks sur l'ensemble du match et un jeu au sol adverse réduit à néant. Déjà en difficulté dans ce domaine cette saison, Washington a terminé avec 32 yards en 19 courses, soit 1,7 yard par course, et seulement 13 yards en 18 tentatives sans sa plus longue course, de 19 yards. Les Huskies n'ont obtenu que trois premiers essais au sol de toute la soirée, et leur attaque, privée de cette menace, est devenue prévisible. De son côté, la défense de Washington ne s'est jamais laissé surprendre par les multiples tentatives de passe longue du quart des Huskers.


Le logo des Blackshirts, emblème de la défense de Nebraska, avant la rencontre, 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)
Le logo des Blackshirts, emblème de la défense de Nebraska, avant la rencontre, 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)

Résultat : aucun point dans le troisième quart, et un quatrième quart qui a longtemps semblé suivre le même scénario. Les deux équipes ont dégagé à 13 reprises au total, huit fois pour Washington et cinq fois pour Nebraska. Les botteurs auront sans doute des courbatures demain. Les Huskers, eux, pensaient pouvoir tenir avec leur maigre avance de quatre points.


Le tournant est venu d'un changement de quart. Après un dégagement de Nebraska, Washington a récupéré le ballon à sa ligne des 19 yards avec environ quatre minutes et demie à jouer, et c'est Demond Williams, entré en jeu au début du quatrième quart, qui a apporté l'étincelle qui manquait à l'attaque. La série a bien failli s'arrêter à mi-terrain : quatrième tentative, 18 yards à franchir, à la ligne des 49 yards de Nebraska. Williams a trouvé son receveur Chris Lawson pour un gain de 24 yards. Le jeu le plus décisif de la soirée, réussi dans la situation la plus délicate.


Le pari n'avait rien d'évident. Demond Williams, titulaire pendant une bonne partie de la saison, revenait de blessure, et Elijah Brown avait gagné sa place de partant après six bons quarts de jeu. Jedd Fisch a pourtant remplacé Brown par Williams au début du quatrième quart, alors que Washington était mené 7-3, à l'extérieur et devant un stade plein. En cas d'échec, c'est cette décision qu'on lui aurait d'abord reprochée. L'entraîneur l'a assumée en conférence de presse : face à la couverture individuelle de Nebraska, il voulait un quart capable de faire un jeu avec ses jambes, même quand rien n'était prévu. « Je sentais qu'on avait besoin d'une étincelle », a-t-il expliqué. « On a eu l'étincelle qu'on voulait. On a eu l'étincelle dont on avait besoin. »


Les deux hommes ont ensuite conclu ce qu'ils avaient commencé. À 1 min 30 s de la fin, Williams a de nouveau trouvé Lawson, cette fois pour un touchdown de 25 yards, au bout d'une série de 12 jeux et 81 yards. La transformation de Robles a donné l'avantage à Washington, 10-7, pour la première fois du match. Lawson a terminé la soirée avec 12 réceptions pour 155 yards, deux sommets en carrière. Williams, lui, a complété 7 passes sur 13 pour 99 yards, contre 19 sur 30 pour 136 yards pour Brown. Nebraska avait encore le temps de réagir, avec un quart capable de faire basculer un match à lui seul.


Sur ce touchdown, Nebraska avait envoyé son demi de coin en blitz, une situation que Washington dit travailler chaque jour à l'entraînement. Matt Rhule en a pris toute la responsabilité : « Ce jeu-là, c'est à 100 % sur moi. J'ai dit au coordinateur : envoie le demi de coin. »


Mais c'est l'inverse qui s'est produit. Sur la possession suivante, Colandrea a tenté une nouvelle passe, et le safety Alex McLaughlin l'a interceptée à la ligne des 48 yards de Nebraska. Le défenseur a filé jusqu'à la zone des buts : retour de 48 yards, touchdown, et 17-7 pour Washington à 1 min 15 s de la fin. Ce pick-six du safety des Huskies a cloué les Huskers : en quinze secondes au chronomètre, le match avait basculé.

Le receveur Chris Lawson (8) et ses coéquipiers de Washington célèbrent face à Nebraska, 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)
Le receveur Chris Lawson (8) et ses coéquipiers de Washington célèbrent face à Nebraska, 31 octobre 2026, Memorial Stadium, Lincoln. (Photo : Northsideline)

Nebraska a réduit l'écart sur un placement de 42 yards de Hohl à 31 secondes de la fin, avant de tenter un botté court pour récupérer le ballon. La tentative a échoué, et Washington a pu laisser filer le temps. Score final : 17-10 pour les Huskies.


Une défense d'acier face au paradoxe Colandrea

La victoire porte d'abord la signature de la défense de Washington. Face à l'attaque de Nebraska, les Huskies n'ont concédé qu'un touchdown et un field goal. Entre le touchdown de Carter Nelson au premier quart et le placement de Nebraska à 31 secondes de la fin, les Huskers n'ont plus inscrit le moindre point. Surtout, la défense de Ryan Walters a provoqué trois pertes de balle, trois interceptions, dont le pick-six d'Alex McLaughlin qui a scellé le match, sans que l'attaque de Washington ne perde une seule fois le ballon. Une défense d'acier, qui a parfois plié mais n'a presque jamais rompu.


C'était précisément le défi lancé par Jedd Fisch à son équipe. « Toute la semaine, je leur ai dit : il faut les tenir sous les 13 points. C'est comme ça qu'on gagne à l'extérieur en Big Ten », a rappelé l'entraîneur de Washington. Nebraska en a inscrit dix.


Pour Colandrea, le contraste est cruel. Au lendemain de l'annonce de son retour en 2027, il a terminé avec trois interceptions, dont celle qui a scellé la défaite. Il avait pourtant donné à Nebraska son seul touchdown de la soirée, au bout d'une série de 95 yards, et son équipe a dominé une bonne partie des statistiques.


Le problème n'a jamais été le volume de jeu. Dans un match où chaque point pesait aussi lourd, ces trois ballons rendus ont décidé du résultat, et la recherche permanente du jeu long, qui fait partie du style de Colandrea, s'est retournée contre lui.


L'entraîneur de Nebraska ne disait pas autre chose. « Trois pertes de balle et un placement raté, ce n'est pas une recette pour gagner », a résumé Matt Rhule, avant d'ajouter qu'on ne peut pas gagner un match de Big Ten en marquant sept points en attaque.


Les statistiques d'équipe confirment ce paradoxe. Nebraska a gagné 387 yards au total, contre 267 pour Washington, dont 132 au sol en 29 courses. À la passe, l'écart est plus mince : 255 yards pour Nebraska, avec 24 passes complétées sur 45, contre 235 pour Washington, avec 26 sur 43. Les deux équipes ont été pénalisées huit fois chacune, et le temps de possession a été presque parfaitement partagé : 30 min 42 s pour Nebraska, 29 min 18 s pour Washington.


Nebraska tombe à 5-3, et 2-3 en Big Ten, avec un mois de novembre exigeant qui s'ouvre. Pour Matt Rhule et son équipe, c'est une troisième défaite de suite, toutes par une seule possession d'écart, et une occasion manquée de relancer la saison devant un stade plein.


Washington, de son côté, passe à 5-3, et 2-3 en conférence, et enchaîne une deuxième victoire de suite sur la route. Nebraska avait tout préparé pour une soirée de fête : le noir dans les tribunes, Eric Crouch et ses deux prédécesseurs au Heisman réunis, un 416e guichet fermé et un quart tout juste engagé pour l'avenir. Il ne manquait qu'une attaque capable de conclure. En quinze secondes, Washington a éteint la fête de Lincoln et repart avec une victoire qui peut relancer sa saison.

©2026 par Northsideline

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